Au fait… Pourquoi les matières premières grimpent-elles ?

Rédigé le 18 février 2011 par | Macro éco et perspectives Imprimer

C’est dans la nature humaine…
Les nouvelles les plus intéressantes continuent de concerner les planificateurs centraux américains.

Elles sont distrayantes… un peu comme ces émissions de télévision qui montrent "1 000 manières de mourir" ou des gens tentant de sauter du haut d’un immeuble de quatre étages en skate-board.

Peut-être est-ce la nature humaine. Mais il est amusant de regarder les gens faire des sottises — parfois même quand ces sottises sont mortelles….

Et voilà qu’arrive Ben Bernanke
Président de la Réserve fédérale américaine, ancien président du département d’économie de Princeton, qui affirme des choses parfois si stupide que nous ne savons pas qu’en penser.

Le Telegraph nous en dit plus :

"Ben Bernanke… a écarté l’idée que les politiques de la banque centrale sont responsables des sommets record atteint par les prix de l’alimentation dans le monde".

Où est l’erreur ? Qu’est-ce qui se passe avec l’économie ? Qu’est-ce qui se passe avec la Fed ? Qu’est-ce qui se passe avec Ben Bernanke ?

Alors, voyons voir
La Fed ajoute 2 000 milliards de dollars d’argent brûlant à la masse mondiale. Peut-être que ça n’a aucun effet ? Qu’en pensez-vous ?

LeTelegraph continue :

"Selon M. Bernanke, la croissance rapide des économies en développement était à l’origine de l’augmentation des prix de la nourriture, plutôt que la décision de la Fed de se lancer dans un deuxième round d’impression monétaire à hauteur de 600 milliards de dollars. ‘Il est clair que ce qui se produit n’est pas un effet du dollar, mais de la croissance’, a déclaré M. Bernanke durant l’une de ses rares sessions questions-réponses avec des journalistes au National Press Club à Washington jeudi dernier".

Alerte rouge
Pourtant, la FAO des Nations unies a prévenu que les prix élevés des produits alimentaires, qui dépassent déjà les niveaux ayant déclenché des émeutes de la faim en 2008, allaient probablement grimper encore.

"La FAO mesure les prix de l’alimentation à partir d’un indice composé d’un panier des matières clé comme le blé, le lait, l’huile et le sucre, largement suivi par les économistes et les politiciens dans le monde entier comme indicateur avancé permettant de déterminer si les prix vont grimper dans les rayons des magasins".

"L’indice a atteint 230,7 points en moyenne en janvier, par rapport à 223,1 points en décembre et 206 en novembre. L’indice fait clairement apparaître que les prix de l’alimentation, qui sont restés stables durant la majeure partie des deux dernières décennies, se sont envolés de manière alarmante ces trois dernières années. En 2000, l’indice était à 90 ; il n’a pas dépassé les 100 avant 2004".

Eh bien, que pensez-vous de ça ? Ce serait donc la croissance qui fait grimper l’alimentation à des prix record. Pas l’impression monétaire.

Mais attendez… une petite minute… le monde émergent se développe-t-il plus rapidement aujourd’hui qu’il y a deux ou trois ans ? Non.

La croissance est-elle une surprise ? S’est-il passé quelque chose qui a soudain fait réaliser aux investisseurs et aux traders que… eh bien… incroyable, le monde se développe !

Non.

Alors comment se fait-il que les prix grimpent en flèche aujourd’hui ?
Pourquoi ne l’ont-ils pas fait il y a quatre ans ? Ou deux ans ? Ou l’an dernier ? Qu’est-ce qui a changé ?

Eh bien… que pensez-vous des 1 500 milliards de dollars flambant neufs que la Fed a injectés dans la masse monétaire mondiale en 2009-2010 ? Et des 600 milliards qu’elle ajoute en ce moment même ?

Voilà qui est nouveau, non ?

Alors voilà une idée insensée
Peut-être… peut-être… que les fondamentaux de l’offre et de la demande fonctionnent pour de vrai. Peut-être… peut-être que si on augmente la masse d’argent brûlant dans le monde (c’est-à-dire l’argent qui ne provient pas d’une augmentation de la richesse réelle mais des intérêts bas des banques centrales et de leurs impressions d’argent)… eh bien, peut-être que les prix des biens cotés sur les marchés mondiaux — comme la nourriture — grimpent.

Il suffit de voir ce qui arrive aux autres matières cotées sur les marchés.

Le pétrole, par exemple, a dépassé les 100 $.

Et regardez l’or.

Mesurez le pétrole et l’alimentation en termes d’or : que constaterez-vous ? Ils n’ont pas grimpé du tout !

Que peut-on en déduire ? Que l’hypothèse de la "croissance" n’a aucun sens.

En d’autres termes, oui… le monde se développe.

Il croît à un rythme élevé depuis 20 ans. Rien de nouveau sous le soleil.

Ce qu’il y a de nouveau, c’est que les banques centrales impriment de l’argent à un rythme record. Elles créent de nouvelles bulles.

Première parution dans la Chronique Agora le 08/02/2011.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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