AT&T Time Warner, le retour des géants du divertissement

Rédigé le 27 octobre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous avons vu hier dans la Quotidienne les raisons qui font des producteurs de contenu des proies de choix pour l’industrie high-tech.

La publicité autour des vidéos, sur les chaînes d’informations et pages web génère des montants colossaux. La densité de publicités infligées aux consommateurs étant déjà proche du maximum acceptable, les industriels doivent augmenter la quantité de contenu consommé pour capter plus de revenus.

Dans une telle optique, Time Warner est idéalement placé.

Sur le segment de la presse papier, Time Warner possède des titres bien connus tels que le Time Magazine, Sports Illustrated, et Fortune. Les synergies entre la presse écrite et un opérateur de télécommunications n’étant pas évidentes, il est probable que cette branche soit peu touchée par le rachat.

Ce sont plutôt les contenus télévisuels et cinématographiques qui ont justifié le chèque de 85 milliards de dollars signé par AT&T.

Time Warner vous distrait pendant des heures

Impossible d’échapper aux productions du groupe Time Warner. Le conglomérat possède tout d’abord CNN, la chaîne de référence d’information en continu. Lors de sa création en 1980, CNN a bouleversé les codes des journaux télévisés en proposant des actualités 24h/24.

Si le concept d’information en temps réel était un peu en avance sur son temps, les moeurs ont évolué dans les années 1990 et notre société a épousé ce mode de consommation de l’actualité.

Depuis, le concept a été copié par un nombre incalculable de chaînes. CNN International, émanation la plus connue du groupe, est disponible sur l’ensemble de la planète par câble, satellite et TNT… et cette chaîne est particulièrement addictive. Avec une succession rapide de programmes, des « breaking news » qui tiennent le téléspectateur en haleine et une charte graphique stimulante, il est facile de rester scotché à l’écran plus longtemps que prévu.

La production cinématographique de Time Warner est également un joyau. Le conglomérat possède le fameux Warner Bros. Pictures dont la filmographie n’est plus à présenter.

Le bénéfice net de la branche (hors droits dérivés et jeux vidéo) est déjà supérieur au milliard de dollars.

Enfin, Time Warner possède la chaîne Home Box Office, plus connue sous son acronyme HBO. Outre la diffusion de contenus, HBO a une production de téléfilms, films cinématographiques, et possède les droits exclusifs de nombreuses séries à succès.

Il faut savoir que les séries sont le nouvel Eldorado des diffuseurs de contenu. Une série comme Game of Thrones s’étale sur six saisons de 10 épisodes chacun… et deux saisons supplémentaires sont déjà prévues. Le spectateur fidèle aura donc passé près de 80 heures devant l’écran pour suivre les aventures du royaume imaginaire.

Sachant que la série a été lancée avec un budget initial de seulement 60 millions de dollars pour 10 épisodes, vous comprenez que les séries télévisées représentent un excellent moyen de scotcher des millions de personnes à leur écran pour un coût dérisoire. A titre de comparaison, un film grand public tel que Batman vs Superman (également produit par le groupe Time Warner) mobilise un budget de plus de 250 millions de dollars.

Time Warner est donc un conglomérat qui possède de beaux atouts. Les marchés ont d’ailleurs bien reconnu ses qualités comme le confirme le parcours boursier des cinq dernières années :

Time Warner Le cours boursier du groupe Time Warner depuis 5 ans

Toutefois, ces qualités intrinsèques n’expliquent pas pour autant quelle sera la valeur ajoutée d’un rapprochement avec AT&T.

Un mélange des genres déjà testé… mais pas approuvé

Le rachat d’une entreprise par une autre n’a de sens que si le rapprochement crée de la valeur. S’il n’y a pas d’économies d’échelles et de synergies entre les activités, les acquisitions risquent à l’inverse de détruire de la valeur.

Il se trouve justement que Time Warner n’en est pas à son premier rapprochement avec un opérateur de télécommunications.

Sa fusion avec AOL en l’an 2000 est restée dans les annales comme une des pires de l’histoire boursière. Les analystes de l’époque voyaient dans ce gigantesque deal (111 milliard de dollars) l’avènement d’un nouveau mode de consommation de contenus sur fond d’euphorie généralisée. D’un côté, AOL apportait l’accès à Internet dans tous les foyers. De l’autre, Time Warner, producteur historique de contenus, peinait à prendre le virage de la diffusion numérique.

L’idée d’une fusion était belle… mais le résultat n’a pas été convainquant. Le rapprochement, qui aura duré 10 ans, a vu la valorisation d’AOL fondre de 90%.

L’histoire se répète aujourd’hui, avec AT&T dans le rôle d’AOL. On y retrouve tous les ingrédients du cocktail des années 2000 : l’objectif de maîtriser de bout en bout la chaîne de visualisation de contenus, le rapprochement de sociétés n’ayant pas les mêmes cultures d’entreprise, et un montant hors du commun.

Un prédateur en petite forme

Une différence notable entre ces deux rapprochements est qu’AT&T n’est pas du tout dans la même situation qu’AOL en l’an 2000. La téléphonie comme l’activité de câblo-opérateur ne sont plus des activités à forte marge ou à fort potentiel comme elles pouvaient l’être il y a 15 ans.

AT&T devra recourir à la dette pour le rachat, portant sa dette totale à plus de 175 milliard de dollars. Un tel montage fait plus penser à l’arrivée d’un fonds d’investissement qu’un réel rapprochement industriel.

AT&T devra donc décupler le cash flow issu de Time Warner pour que l’opération se justifie. Mais Time Warner est aujourd’hui très efficace dans sa gestion des droits et royalties. Limiter la diffusion des contenus au seul réseau AT&T (comme peut le faire Netflix) limitera fatalement l’audience… les marges de manoeuvre sont donc faibles.

Vous l’avez compris, cette fusion me rend circonspect. Time Warner est une belle valeur qui n’avait clairement pas besoin d’AT&T pour briller.

Surveillons toutefois avec beaucoup d’attention le retour de ces super-fusions, qui sont souvent le signal d’une fin de bulle imminente… L’occasion de se protéger contre un retournement du marché de la high-tech en préférant les valeurs à réel potentiel de croissance !

[Note : cette Quotidienne était initialement dédiée à Netflix, qui a toutes les qualités pour être un acteur majeur de la production de contenu pour les prochaines années.

La variation brutale de cours de ces derniers jours (+30% en une semaine et retour sur les plus hauts historiques) me rend circonspect sur le potentiel de hausse à moyen terme.

Le secteur est en pleine ébullition ces derniers jours, ne vous positionnez que si vous souhaitez faire des aller/retours rapides.

Pour un investissement long terme, patientez que la poussière soulevée par le rachat AT&T/Time Warner retombe]

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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