Un premier signal inquiétant chez les assureurs ?

Rédigé le 21 février 2011 par | La quotidienne Imprimer

Les assureurs seraient-ils inquiets ? Dans une lettre ouverte publiée jeudi 17 février, ils ont indiqué au G20 qu’ils ne devaient pas être mis dans la liste des établissements financiers susceptibles de présenter un risque systémique. Comprendre : la faillite de l’un n’aurait pas de répercussion sur les autres et le secteur banque – finance – assurance en général.

On comprend évidemment que la perspective de devoir provisionner des sommes plus élevées pour financer le coût d’un éventuel sauvetage ne les enthousiasme pas. « Allianz, Axa et Generali ont assuré qu’une activité normale d’assurance ne comportait pas de risque systémique », indique L’Agefi du 18 février.

Nous ne pensons pas la même chose. Car en examinant le bilan de ces grands assureurs, on trouve beaucoup d’obligations souveraines, bancaires et même d’actions bancaires. Une « activité normale » exclue probablement le moratoire d’un Etat européen, mais nous estimons que c’est précisément là que réside le risque.

Groupama semble bien vulnérable
La situation de Groupama se détériore. Le 16 février dernier, l’assureur a posté de mauvais résultats 2010, notamment dans l’activité assurance-vie. Le bénéfice net a reculé de 41% à 387 millions d’euros, indique L’Agefi.

Le ratio de solvabilité s’est fortement détérioré passant de 180% à 130%, souligne l’agence de notation CreditSights qui remarque sévèrement : « les résultats 2010 montrent que la solvabilité repose essentiellement sur des capitaux vulnérables ». Il s’agit de plus-values latentes et de dette subordonnée (c’est-à-dire de créances dont le remboursement n’est pas prioritaire en cas de difficulté).

Le revenu de l’activité assurance-vie a fortement décliné passant de 396 millions d’euros à 174 millions d’euros. Là encore, CreditSights note « nous croyons toujours que dans l’état actuel du marché, il pourrait être difficile d’atteindre 4% de rendement sans gains en capital qui deviennent de plus en plus difficile à réaliser ».

L’exposition de Groupama à la dette souveraine des pays périphériques est la suivante :

Graphique de l'exposition de Groupama à la dette souveraine

Par ailleurs, CreditSights juge que l’exposition actions (14,8% du portefeuille) posera problème dans le cadre des nouvelles règles de Solvabilité II.

Par rapport à ce que nous décrivons dans notre rapport spécial stress tests des assureurs-vie, la situation financière de Groupama s’est dégradée ce qui rend l’assureur encore plus vulnérable aux scénarios de stress que nous avons développés.

Chez AXA, la situation est meilleure et la marge de solvabilité atteint 182%. Mais les revenus de l’assurance-vie ont baissé de 3% (57 milliards d’euros du fait du recul de cette activité en France, aux Etats-Unis et au Japon) et le bénéfice net a reculé de 24% (2,7 milliards d’euros). Dans la gestion d’actifs, les décollectes nettes ont atteint 73 milliards d’euros.

Des assurances plutôt inquiétantes
La vérité est que les mondes de l’assurance et de la banque sont beaucoup plus interdépendants qu’ils ne veulent bien l’admettre officiellement. Ainsi BNP Paribas donnait aussi ses résultats le 17 février et mentionnait une dépréciation de 534 millions d’euros liée à sa participation de 5,2% dans l’assureur Axa.

Le « risque systémique », ou autrement dit le risque de défaillances en cascade, est bien réel. Les assureurs ont des portefeuilles chargés d’obligations souveraines et bancaires et d’actions bancaires.

A ce stade, toute faillite d’un Etat périphérique de l’euro aura des répercussions sur les établissements bancaires comme sur les assureurs. Si la situation était si rose que cela, pourquoi la Banque centrale européenne aurait-elle éprouvé le besoin de racheter 76 milliards d’euros de titres d’Etat de l’Europe du sud et de l’Irlande durant les huit derniers mois ?
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Pour aller plus loin aujourd’hui :
– Un nouveau krach est-il possible ? C’est la question que se pose ce matin Sébastien Duhamel dans le Billet du Trader : « Ces dernières semaines, la volatilité se fait de plus en plus faible tandis que le consensus est devenu de plus en plus haussier. En tant que contrarien, cela me rend évidemment prudent, voire pessimiste, et ce n’est pas sans me rappeler l’année 2007. Les révolutions tunisiennes, égyptiennes, les matières premières à des prix historiques, les mauvais résultats des banques américaines, rien n’y fait, le marché y semble insensible, mais monte de plus en plus difficilement et ne bouge quasiment plus… ». Pour lire la suite…


Photo : Shiny Things – Flickr

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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Pas de commentaire pour “Un premier signal inquiétant chez les assureurs ?”

  1. […] la liste des établissements financiers susceptibles de présenter un risque systémique. …Lire l’article complet 1 […]

  2. Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant, toutefois je ne comprends pas bien le raisonnement autour du risque systémique :
    1. Si ce dernier correspond à une succession de défaillances en chaine des acteurs de la place suite à la faillite d’un établissement, je comprends qu’on puisse dire que la chute d’une banque entraîne les autres dans son sillage. Toutefois cela n’est-il pas principalement dû fait que ces établissements se financent les uns les autres en permanence ? La défaillance de l’un entrainant alors une crise de confiance, puis de liquidité (sans confiance on ne se prête plus) et enfin de solvabilité pour tous les acteurs de la place.
    2. Concernant les assureurs, la question est la même : est-ce que la chute de l’un d’entre eux entrainerait les autres ? Bien que tous les organismes d’assurance investissent en actions et obligations (émis par d’autres organismes de la place, mais également des états ou d’autres entreprises), la défaillance d’un assureur aurait certes des répercussions sur les autres établissements de ce secteur. Mais compte tenu de la diversification de leurs placements, et surtout du fait qu’il n’y ait pas de financement réciproque entre les acteurs de l’assurance, à l’inverse des banques, le risque de défaillances en cascade n’est-il pas exclu ?
    3. Enfin, l’article n’invoque pas une défaillance d’un des acteurs de l’assurance et ses répercussions sur les autres, mais la défaillance d’un état. A ce titre je m’interroge : la défaillance d’un état aurait des répercussions sur tout organisme détenant ses obligations souveraines, et concerne ainsi potentiellement tout type d’investisseur (entreprises, autres états, particuliers…). Faut-il pour cela considérer l’activité d’assurance comme sujette à un risque systémique comparable à celui du secteur bancaire ?

    A mon sens, le risque systémique est bien réel dans notre économie mondialisée, mais les assureurs ne sont pas plus exposés que les autres entreprises, industrielles par exemple, investissant massivement en actions et obligations. Et si le secteur bancaire, de part son mode de fonctionnement, génère de lui-même un fort risque systémique (qu’il est nécessaire de considérer en exigeant un niveau suffisant de fonds propres par exemple), qui lui est propre et qui peut sans aucun doute générer d’importantes répercussions sur l’ensemble de l’économie, je ne crois pas que ce soit le cas pour les assureurs.

    Merci de bien vouloir me corriger et m’expliquer ce qui m’échappe !!
    Cordialement

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