Du son et lumière à l’armée, quand l’intelligence artificielle travaille en essaim

Rédigé le 12 janvier 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous terminons aujourd’hui le tour d’horizon des progrès de l’intelligence artificielle (IA) et de ses dernières applications sur le thème de la gestion multi-agents.

Cette problématique est régulièrement évoquée au sujet de la voiture autonome. Si les premiers modèles sont conçus pour fonctionner de manière indépendante des autres véhicules, les ingénieurs pensent déjà à après-demain, quand la totalité des véhicules en circulation sera autonome.

Comment, alors, faire communiquer les différentes voitures entre elles pour optimiser globalement la circulation ? Comment mettre en place un système décentralisé pour qu’à tout moment, plusieurs véhicules en conflit de priorité arrivent à prendre une décision optimale et sans risque ?

L’intelligence artificielle peut exprimer tout son potentiel dans ce domaine où les êtres humains sont notoirement peu performants.

De gros progrès en perspective

Contrairement à la reconnaissance d’image dont nous avons parlé hier, dans laquelle l’oeil humain excelle, la gestion des autres est un cauchemar pour nos cerveaux de bipèdes. Avez-vous remarqué avec quelle facilité deux personnes qui arrivent face à face sur un trottoir vide en viennent à devoir s’arrêter pour ne pas se heurter ?

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que nous avons été contraints de mettre en place le code de la route et son ensemble de règles arbitraires : notre seul bon sens ne nous prémunit pas des collisions.

Même avec ces conventions (théoriquement) suivies par tous les automobilistes, les accidents restent nombreux. L’année dernière, plus de 1 250 000 personnes sont mortes dans des accidents de la route.

Si de nombreux facteurs externes (ébriété, fatigue, utilisation de portable) expliquent ce chiffre effroyablement élevé, nous ne pourrons jamais garantir l’absence de collisions en utilisant simplement nos cerveaux. La raison est simple : nous ne sommes pas télépathes. Nous avons chacun notre processus décisionnel et ne pouvons que faire des suppositions quant à celui des autres conducteurs.

Une collision entre deux piétons est généralement bénigne ; les conséquences sont bien plus importantes lorsqu’il s’agit de deux tonnes d’acier lancées à 50 km/h en ville.

Le même problème se pose pour le trafic aérien. Les collisions sont heureusement rarissimes, mais au prix de processus coûteux et complexes pour les compagnies aériennes et les aéroports.

Une IA vaut 500 cerveaux

La recherche en intelligence artificielle s’est donc attelée à cette problématique avec la certitude d’améliorer les choses. Il ne s’agit après tout que de réfléchir à un ensemble de règles partagées par tous les véhicules et à la manière de communiquer en temps réel pour que les décisions soient connues de tous les protagonistes.

Pour illustrer leurs progrès dans le domaine, les industriels s’appuient sur les essaims de drones. Ils combinent la complexité d’un monde en trois dimensions (terrain de jeu idéal pour tester la robustesse des IA) et un côté ludique qui donne une certaine visibilité aux progrès accomplis.

L’américain Intel a récemment battu le record du monde dans ce domaine en faisant voler simultanément 500 drones. L’essaim a automatiquement décollé pour faire des figures et une chorégraphie dans le ciel nocturne (cliquez ici pour la vidéo).

Le plus impressionnant dans cette prouesse est, qu’un an auparavant, Intel avait déjà battu ce même record avec seulement 100 drones en vol groupé.

Intel
Une enseigne lumineuse un peu particulière constituée de 500 drones
Crédit : Intel

Il aurait été impossible de réaliser une telle chorégraphie avec 100 drones pilotés par autant d’êtres humains sans déplorer d’accrochages. Ne parlons même pas d’un ensemble de 500 appareils !

Au vu de la rapidité des progrès, cette problématique du vol en essaim peut être considérée comme définitivement résolue (ou sur le point de l’être). La gestion en parallèle de plusieurs centaines de véhicules semble suffisante pour la plupart des utilisations.

Où allons-nous retrouver cette IA ?

Je vous avais promis avant-hier de découvrir ensemble les progrès de l’intelligence artificielle susceptibles d’être utilisés à court terme.

La circulation en essaim sera bien sûr utile pour les voitures autonomes et les aéroports automatiques en 2030… Quel pourrait bien être l’usage de la technologie à court terme?

Si vous avez cliqué sur le lien vers la vidéo d’Intel, vous avez vu que la communication de l’entreprise est axée sur la performance artistique qui ouvre de nouvelles possibilités en terme d’oeuvres lumineuses nocturnes. Pourquoi pas.

Lecteur assidu de la Quotidienne, votre pragmatisme se teinte probablement de scepticisme face à cette profession de foi. Bien sûr, les projets artistiques font de belles vitrines technologiques ; mais un industriel se lancerait-il réellement dans un tel projet de Recherche & Développement pour organiser un son & lumière ?

Si l’utilisation à court terme de l’IA sur le vol en essaim n’est que peu mentionnée dans les communiqués de presse, c’est qu’elle n’est pas politiquement correcte. Les premiers produits dans lesquels nous allons retrouver cette nouvelle technologie sont bien les drones, mais pas ceux destinés aux animations de cérémonies officielles.

La capacité de vol en essaim est demandée depuis des années par toutes les armées du monde occidental.

Vers des nuées de guêpes électroniques

L’industrie de l’armement vit au rythme des progrès des technologies d’attaque et de défense. L’éternelle course entre l’épée et le bouclier décide souvent de l’issue des conflits. L’arrivée de la bombe atomique a déplacé le curseur en faveur des techniques d’attaques depuis plusieurs décennies.

La puissance de cette arme de-facto inutilisable dans des conflits classiques a paradoxalement redonné l’avantage aux technologies de défense sur de nombreux points.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine a notamment augmenté les capacités défensives de ses grands navires. La quasi-totalité des pays serait dans l’impossibilité de couler le moindre porte-avions avec les armes conventionnelles actuelles.

Cette suprématie maritime pourrait être remise en question avec le déploiement d’essaims de drones d’attaque. Les systèmes conçus pour protéger un navire contre quelques dizaines d’avions ou de sous-marins seraient totalement submergés par la présence simultanée de milliers d’appareils hostiles.

Les attaques par essaims pourraient également menées sur des cibles au sol et, dans une moindre mesure, pour la sécurisation d’un espace aérien. Si le déploiement des drones pilotés n’a pas fondamentalement changé la face des conflits, l’arrivée des nuées de drones autonomes et capables de voler en groupe rebattra les cartes sur ces sujets stratégiques.

Attendez-vous donc à voir les efforts d’Intel (et de ses concurrents) s’intensifier sur le sujet, et à lire d’autres communiqués de presse sur des spectacles son & lumière de plus en plus imposants !

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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