C’est au tour de l’argent de se distinguer

Rédigé le 19 janvier 2018 par | A la une, Matières premières & Energie Imprimer

L’or est un sujet que j’aborde constamment, aussi bien lors de mes conférences que dans mes articles. Je recommande d’allouer 10% des actifs disponibles à l’or physique (et non à cet « or-papier » que sont les ETF et contrats à termes « non alloués »). Je recommande également les actions de mines d’or et de sociétés de royalties bien gérées, offrant un effet de levier sur l’or physique.

Lorsque je parle de l’or devant un auditoire, on me pose inévitablement la question suivante : « Et que pensez-vous de l’argent ? ».

Voici ma réponse : J’adore l’argent ! J’en possède et je le recommande aux investisseurs.

L’argent et l’or sont des métaux précieux (il n’en existe que quatre, appelés « métaux nobles », dans le tableau périodique des éléments. Les deux autres sont le platine et le palladium).

Une brève histoire de l’argent

L’or et l’argent sont tous deux des formes de monnaie. La valeur de l’once d’or est peut-être plus élevée, et l’or plus rare que l’argent, mais l’argent a été beaucoup plus utilisé en tant que monnaie, tout au long de l’histoire.

La République de Rome et, plus tard, l’Empire Romain, ont utilisé des pièces d’or appelées aureus et solidus, mais ont également frappé une pièce d’argent populaire, appelée denarius. Un denarius représentait une journée de gages pour un ouvrier non qualifié, ou de solde pour un soldat romain. Certes, à la fin de l’Empire, on a dévalué l’aureus, le solidus et le denarius en mélangeant l’or et l’argent à des métaux de base. Le déclin de l’Empire Romain s’est accompagné du déclin d’une monnaie saine.

Au début du IXe siècle apr. J.-C., Charlemagne a largement développé les pièces d’argent pour compenser la pénurie d’or. Cela a réussi à stimuler l’économie du prédécesseur du Saint-Empire romain germanique. Dans un sens, Charlemagne a inventé l’assouplissement quantitatif il y a plus de 1000 ans. L’argent est la forme de monnaie qu’il a privilégiée.

Aux Etats-Unis, selon le Coinage Act de 1792, les pièces d’or et d’argent avaient cours légal. De 1794 à 1935, l’U.S. Mint a frappé des « dollars d’argent » de plusieurs styles. Ils ont largement circulé et été utilisés par les Américains au quotidien. Légalement, le dollar américain représentait une once d’argent.

Cette pièce américaine d’un dollar en argent était une copie du « Real de a Ocho » d’origine, frappé par l’Empire Espagnol à partir de la fin du XVIe siècle. Cela signifie « pièce de huit reales« , car cette pièce était facilement divisible en huitièmes. Jusqu’en 2001, les cours des actions, à la Bourse de New York, étaient cotées en huitièmes et en seizièmes selon la pièce d’argent espagnole d’origine et ses sections d’un huitième.

Jusqu’en 1935, les pièces d’argent américaines étaient composées de 90% d’argent pur et de 10% d’alliage de cuivre pour la durabilité. A la suite du Coinage Act de 1965, aux Etats-Unis, la proportion d’argent contenue dans les demi-dollars, les quarts de dollar et les « dimes » a été réduite de 90 à 40%, en raison de l’augmentation du prix de l’argent, et parce que les gens constituaient des pécules de ces anciennes pièces, très prisées pour le précieux argent qu’elles contenaient.

La nouvelle loi entérinée par le président Johnson, en 1965, a marqué la fin des véritables pièces d’argent aux Etats-Unis. Une autre loi, passée en 1968, a mis fin au remboursement en lingots d’argent des anciens « certificats d’argent » (monnaie-papier). Après quoi la monnaie américaine s’est composée de pièces en métaux de base et de papier-monnaie qu’il n’a plus été possible de convertir en argent (la convertibilité en or avait déjà pris fin en 1933).

Espérons que les Etats-Unis ne suivront pas l’exemple de l’Empire Romain, dont le déclin politique a coïncidé avec le remplacement des pièces en or et en argent par des pièces en métaux de base.

L’argent, un or comme les autres ?

En 1986, les Etats-Unis on réintroduit les pièces d’argent avec une pièce de monnaie contenant une once d’argent d’une pureté de 999 millièmes : l’American Silver Eagle. La pièce Silver Eagle est une pièce privilégiée par les investisseurs et les collectionneurs en raison de sa teneur en argent. La valeur de marché de cette pièce, selon le cours actuel de l’argent, est d’environ 20 $ l’unité.

Bref, l’argent est tout autant un métal monétaire que l’or, et possède un pédigrée équivalent, s’agissant de son utilisation en tant que pièce de monnaie. L’argent a soutenu les économies d’empires, de royaumes et d’états-nations tout au long de l’histoire.

Il n’est donc pas surprenant que les pourcentages de baisse et de hausse des cours en dollars de l’or et de l’argent soient étroitement corrélés.

L’argent est plus volatil que l’or et plus difficile à analyser car il possède bien plus d’applications industrielles. L’argent est utilisé dans les moteurs, l’électronique et les traitements de surface. Curieusement, l’or est très peu utilisé autrement qu’en tant que monnaie, sous forme de lingots. Il possède quelques applications hautement spécifiques, dans le domaine du traitement de surface et des câbles ultra fins, mais cela représente une infime partie du marché de l’or.

L’or et l’argent sont tous deux énormément utilisés dans le domaine de la joaillerie. Je considère plus la joaillerie comme une « richesse transportable », similaire aux lingots, que comme un segment de marché séparé.

L’argent ayant plus d’applications industrielles que l’or, son cours peut augmenter ou baisser en fonction des cycles économiques et indépendamment des considérations monétaires. Toutefois, sur de longues périodes, les aspects monétaires et physiques ont tendance à prendre le pas sur l’usage industriel. En dollars, l’argent suit de très près son cousin l’or.

Appuyez-vous sur la corrélation or-argent

Si les cours de l’or et de l’argent sont très corrélés, cette corrélation n’est pas parfaite. Parfois, l’or surperforme l’argent, et vice versa. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, en ce moment, l’argent traverse une zone idéale (« sweet spot ») : l’or se comporte bien, et l’argent se comporte encore mieux !

graphique OR Argent métal métaux valeur cours futures évolution volatilité 2018

L’or a enregistré un rally historique, entre 1999 et 2011, passant d’environ 250 $ l’once à 1 900 $ l’once, soit un gain d’environ 900% sur 12 ans. Depuis, les cours de l’or ont opéré un retracement de 50% (en partant des niveaux de 1999), et atteint un plus-bas aux environs de 1 050 $ l’once en décembre 2015.

Si les plus-hauts et les plus-bas enregistrés sur des marchés haussiers et baissiers séculaires sont difficiles à repérer en temps réel, ils deviennent apparents avec le recul. L’or a progressé de plus de 23% en 2016-2017. Si l’on se place dans la perspective de ce début d’année 2018, il est clair que le marché baissier de l’or s’est achevé il y a plus de deux ans et qu’un nouveau marché haussier séculaire de plusieurs années s’est amorcé.

Non seulement l’argent suit le mouvement, mais il affiche une performance encore meilleure que celle de l’or, bien qu’elle s’accompagne d’une volatilité plus forte. Les hausses de l’or et de l’argent se basent sur une conjonction de fondamentaux de l’offre et de la demande, de pressions géopolitiques créant une demande en faveur de valeurs refuges et de perspectives de hausse de l’inflation, à mesure que la confiance envers les banques centrales et la monnaie fiduciaire s’amenuise.

Décollage en vue pour l’argent

De plus, l’argent dispose d’un excellent environnement technique, à l’heure actuelle. Dans un article publié le 2 janvier 2018 sur Thomson Reuters, voici ce que pense Samson Li (analyste expert en métaux précieux) de la situation technique de l’argent, sur le plan des transactions :

Techniquement, l’argent est prêt à s’échapper à la hausse en 2018. Les chiffres du CFTC relatifs aux positions des courtiers indiquent que l’argent, sur le COMEX, affiche une situation nette vendeuse [NDR : « short », spéculation à la baisse] sur trois semaines d’affilée, depuis le 12 décembre. Cela n’a rien d’inédit, mais c’est relativement rare, pour l’argent ; la dernière fois que le COMEX a affiché une situation nette « vendeuse » remonte à la fin juin et à la première semaine d’août 2015.

Comme le sentiment des investisseurs peut varier d’un extrême à l’autre, et considérant la volatilité inhérente à l’argent, cette situation nette « vendeuse » indique la forte possibilité d’un débouclement de ces positions short en cas de moindre pression à la hausse. Cela accélèrerait alors le mouvement haussier.

Si l’on remonte à la période correspondante, en 2015, l’argent se négociait à 15,61 $ l’once le 7 juillet, et enregistrait sa troisième semaine consécutive de situation nette « vendeuse ». Environ un an plus tard, l’argent s’échangeait à plus de 20 $ l’once, en juillet 2016. …

Le sentiment médiocre, à l’heure actuelle, suggère que l’argent pourrait être l’un des métaux précieux enregistrant les meilleures performances en 2018, sauf crise susceptible d’emporter la plupart des matières premières à l’exception de l’or ».

La bonne nouvelle, c’est que nous en sommes aux balbutiements de ce rally séculaire de l’argent. Les gains récents seront soutenus et amplifiés au cours des mois et années à venir. L’argent va surperformer l’or à court terme, et les actions de sociétés minières correctement gérées se comporteront encore mieux que l’argent. [NDLR : Quelles minières mettre en portefeuille pour profiter de l’envol de l’argent ? Nos spécialistes ont la réponse, et elle est ici…]

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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