Apple et le champ de distorsion de la réalité

Rédigé le 2 août 2016 par | Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

La plupart des personnes ayant approché Steve Jobs, le fondateur d’Apple, se rappellent sa capacité pratiquement surnaturelle à « faire plier les faits pour qu’ils entrent dans le moule ».

Andy Hertzfeld, membre de l’équipe de développement du Macintosh dans les années 80, a été le premier à nommer les effets de ce mélange de charisme et de force mentale, le Champ de distorsion de la réalité (CDR). Cette appellation a été maintes fois reprise par l’entourage de Steve jobs et relatée dans ses biographies.

Toujours est-il que ce champ de distorsion de la réalité lui permettait d’influencer les personnes à son contact, de les rallier à sa façon de voir les choses, de les convaincre, voire, comme beaucoup l’on dit, de les manipuler et de leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

Wall Street aurait-il repris à son compte les principes du champ de distorsion de la réalité ?

Maintenant, je vais vous mettre à contribution.

Le but de l’exercice est de s’extraire de l’influence de ce qui ressemble fort aux effets d’un champ de distorsion de la réalité, savamment entretenu par les milieux financiers.

J’aimerais voir votre réaction, à l’éclairage des faits suivants.

Prenez une entreprise. Une star de la cote. Elle publie ses résultats financiers, qui se traduisent par :
– Une chute du chiffre d’affaires (CA) pour le deuxième trimestre consécutif.
– Une chute sévère et qui s’accélère.
– Si cette chute atteignait 12,8% lors du trimestre précédent, elle montre une contraction supplémentaire du CA, mais encore de 14,6% cette fois-ci.
– Un bénéfice de 7,8 millions de dollars en baisse de 27% par rapport au même trimestre l’an passé.

Bon. A la vue des résultats financiers, et hors du champ de distorsion de la réalité, vous en pensez quoi ? Franchement mauvais non ?

Les plus optimistes pourraient dire, à raison, que les résultats sont une chose et qu’il reste à connaître les perspectives à venir pour sauver le coup. Car, c’est ça le plus important : l’avenir.

Eh bien… pas de chance ! Pour le trimestre à venir, cette entreprise table sur une nouvelle chute du chiffre d’affaires comprise entre 7,8 et 11,7% (chiffres arrondis à la décimale supérieure).

On reste donc sur la même lancée.

Si quelqu’un passe à l’achat fort sur les titres de cette valeur, après lecture de ces données, qu’en penseriez-vous ?

Mais ce n’est pas tout ! Pour parfaire ce tour d’horizon, je vous propose un extrait des commentaires de l’équipe dirigeante, suite à la publication des résultats. A mon humble avis, les premières fissures dans la trame de la réalité apparaissent dès maintenant. Le constat de son CEO semble venir d’un autre monde.

Il a en effet déclaré que ces résultats « reflètent une plus grande demande et de meilleures performances économiques que ce que nous avions prévu » et « présentent un nombre de signes encourageants ».

Dès lors, le champ de distorsion de la réalité peut opérer à Wall Street, qui salue ce deuxième trimestre de résultats. En forte baisse, oui, mais moins pire que prévu (c’est toute l’astuce). Du coup, l’action monte dans la journée de plus de 7%.

Alors, vous l’avez deviné, c’est bien de l’action Apple (AAPL-NASDAQ) dont il s’agit.

Apple, ou l’art bien maîtrisé du « moins pire que prévu »

Cette façon qu’a Wall Street de s’extasier à la publication de résultats en baisse est devenue monnaie courante depuis plus d’un an et demi. Un an et demi que, globalement, les résultats d’entreprise s’affichent en baisse. Trimestre après trimestre.

Si l’on vous demandait d’appliquer cette logique du « moins mauvais que prévu » à votre quotidien, vous vous demanderiez si l’on ne vous prendrait pas pour une oie cendrée ou une buse des marais.

En suivant la même logique, cela donnerait ce genre de choses :

C’est la fin de l’année scolaire. Votre rejeton revient à la maison et vous annonce, sourire aux lèvres, qu’il va redoubler. Mais il vous dit que ça mérite bien une augmentation de 7% de son argent de poche. Pourquoi ? La moyenne de son bulletin est de 6,5/20. Vous vous attendiez à 5/20… Meilleur que prévu !

Fantastique. C’est une superbe occasion pour le féliciter et faire la fête.

Bref, voilà le genre de logique que Wall Street veut nous faire avaler avec ses « résultats en baisse, mais meilleurs que prévus ». Logique qui en dépassera sans doute plus d’un. Et si vous voulez mon avis, si vous faites partie du lot, c’est plutôt bon signe pour la gestion à long terme de votre patrimoine.

Que faire d’Apple ?

Ceci peut prêter à rire ou à pleurer, selon sa façon de voir.

Entre nous, garder pour le long terme en portefeuille et à l’achat une valeur dont les résultats et perspectives sont en baisse constants… Je vous laisse voir !

Gilles Leclerc

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