L’anonymat, la grande faille du Bitcoin

Rédigé le 22 janvier 2018 par | Bitcoin et cryptomonnaies, Nouvelles technologies Imprimer

La semaine dernière, j’évoquais avec vous la question de l’utilisation, par Pékin et par les entreprises chinoises, des données personnelles et biométriques des utilisateurs de sites et d’applications extrêmement populaires en Chine. Dans l’empire du Milieu, les spectaculaires progrès de l’intelligence artificielle reposent en partie sur l’utilisation peu réglementée de ces données pour des fins aussi bien commerciales que de « sécurité ». Aujourd’hui, je voudrais vous parler de protection des données et d’anonymat quand vous utilisez des cryptomonnaies.

Vous entendez un peu partout qu’un des grands avantages du Bitcoin est l’anonymat et la confidentialité des transactions. La crypto a ainsi la mauvaise réputation – pas tout à fait imméritée – d’être la monnaie du « dark web », des hackeurs et des activités peu légales. Un usage encouragé par l’anonymat des transactions qu’elle permettrait.

Or ce n’est pas tout à fait vrai.

Le Bitcoin repose, comme vous le savez, sur une blockchain, à savoir sur des données de transactions regroupées en blocs, qui sont eux-mêmes liés entre eux pour former une chaîne (d’où le nom de « blockchain »).

Le Bitcoin n’étant pas centralisé, toutes les données – pour assurer leur validité – sont publiques. En clair, cela signifie que toutes les transactions réalisées via le Bitcoin sont inscrites dans la blockchain, et donc visibles par tous. La blockchain est totalement transparente.

Evidemment, ces informations sont codées qui ne permettent pas au tout-venant de vous identifier ou encore de lire ce que vous achetez, pour combien, quand et à qui. De même, chaque utilisateur est identifié par une clé composée de chiffres et lettres (dite adresse Bitcoin) et qui est, sur le papier, non reliée à votre identité. Mais transactions, solde des comptes et adresses Bitcoin sont inscrites dans la blockchain, consultables par tous.

L’anonymat du Bitcoin mis à mal

Des chercheurs se sont penchés sur la question de l’anonymat du Bitcoin, et sont rapidement arrivés à la conclusion que celui-ci n’était pas garanti, et qu’il était relativement aisé de faire la connexion entre une adresse Bitcoin et une identité réelle.

Une équipe de l’université du Luxembourg a ainsi démontré qu’il était possible de déterminer l’adresse IP (qui identifie votre point de connexion Internet, et qui est souvent liée à un nom) de 60% des utilisateurs de bitcoins.

D’autres ont établi de véritables cartographies par utilisateur, regroupant les informations sur les transactions réalisées et les contacts. Cartographies qui permettent – en croisant et recoupant ces données – une identification.

Face à la demande, des entreprises se sont spécialisées dans le décryptage de la blockchain Bitcoin. C’est par exemple le cas de Chainanalysis, une société qui décrit ainsi son activité sur son site Internet : « nos produits visent à repérer les connexions entre les entités de la blockchain Bitcoin. Nous aidons les entreprises Bitcoin à détecter les fraudes et à prévenir le blanchiment d’argent, nous aidons les banques à mettre en place des contrôles adéquats pour les entreprises Bitcoin« .

Cette entreprise compte parmi ses clients Europol, l’office européen de police criminelle, et l’Internal Revenue Service (IRS), l’agence fédérale américaine chargée de collecter impôts et taxes.

Car oui, les Etats sont particulièrement intéressés par le suivi des transactions réalisées en cryptomonnaies pour lutter à la fois contre l’évasion fiscale mais aussi contre toutes les activités illégales qui utiliseraient les cryptos. [NDLR : C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’équipe de Cryptos Trading a rédigé un rapport sur la fiscalité s’appliquant aux gains en cryptomonnaies pour que vous ne vous mettiez pas en porte à faux avec Bercy – à retrouver avec votre abonnement Cryptos Trading .

Mais revenons à la question de l’anonymat des données avec le Bitcoin.

Plateformes et comptes bancaires, l’autre grande faille à l’anonymat des cryptos

L’autre faille du Bitcoin, et de la très grande majorité des cryptos, c’est le passage de ces monnaie alternatives aux monnaies fiduciaires. Imaginons que vous vouliez rapatriez des bitcoins en euros, et plus particulièrement sur votre compte bancaire.

Le bitcoin n’étant pas encore accepté dans la vie de tous les jours, voire les grands sites d’e-commerce comme Amazon, ce rapatriement est souvent indispensable pour profiter de votre argent. Et c’est un problème pour qui veut conserver l’anonymat.

En effet, votre identifiant « Bitcoin » n’est pas relié à une adresse email ou une identité. Mais ce n’est pas le cas de votre compte en banque, et même des plateformes d’échanges de cryptomonnaies, qui s’imposent de plus comme un recours indispensable pour réaliser des transactions ou des trades en cryptos.

Comme le rappelait Sam Volkering la semaine dernière, s’il y a quelques années, l’ouverture d’un compte sur ces plateformes ne nécessitait qu’une adresse email, aujourd’hui, la plupart d’entre elles vous demandent une photocopie de votre pièce d’identité voire même un selfie avant de vous autoriser à utiliser leurs services.

Autant dire que d’anonymat, il n’est alors plus question. Tous les mouvements financiers réalisés sur ces plateformes sont enregistrés. Et il en est bien sûr de même des mouvements de ces plateformes vers un compte bancaire classique.

Quelle solution pour conserver un certain anonymat dans vos transactions ?

Une des solutions qui a connu une certaine fortune est celle du « mixeur de bitcoins ». Pour faire simple, ces sites vous proposent de couper le lien entre votre adresse Bitcoin et vos bitcoins, en mélangeant ces derniers avec ceux d’autres utilisateurs, et en utilisant le résultat de ce mélange pour réaliser des transactions. En principe, ce passage dans le « mixeur » est censé rendre les transactions plus difficilement traçables…

En réalité, voici la recommandation publiée par le connu de ces services de « mixage », Bitmiwer.io au moment d’annoncer sa fermeture :

Vous pouvez utiliser Dash ou Zerocoin si vous voulez acheter de l’herbe. Pas Bitcoin.

J’espère que notre décision participera à rendre l’écosystème de Bitcoin plus propre et transparent. J’espère que nos concurrents entendront notre appel et fermeront aussi leurs services.

En clair, le mixage ne sert à rien…

Le site Bitmiwer.io a suggéré à ses utilisateurs d’utiliser d’autres cryptomonnaies, comme Dash ou Zcoin. Ces altcoins ont été construits sur le principe de l’anonymat. Contrairement au Bitcoin, leur blockchain n’est pas visible, et les transactions plus difficilement traçables – mais pas complètement.

Dans cette veine, la grande majorité s’accordent à saluer le projet d’une autre cryptomonnaie, Monero. Elle permet d’effectuer des transactions sans que celles-ci soient visibles publiquement, et empêche leur traçabilité. Mon collègue Harry Hamburg s’est penché sur le fonctionnement de cette crypto, et les raisons de l’engouement des utilisateurs. A lire ici.

Mots clé : -

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Laissez un commentaire