Les très grandes ambitions de la Chine en matière d’intelligence artificielle

Rédigé le 11 janvier 2018 par | Nouvelles technologies Imprimer

L’annonce, en décembre 2017, avait pu surprendre : Google allait installer un centre de Recherche & Développement dédié à l’intelligence artificielle (IA) à Pékin. Et ce alors que les services du géant américain sont bloqués, en Chine, depuis 2014.

Cette décision est un signe de plus de ce que nous soupçonnions : la Chine ambitionne très clairement de devenir « un » voire « le » leader mondial de l’intelligence artificielle, et s’en donne les moyens.

Les grandes ambitions chinoises en matière d’intelligence artificielle

En juillet dernier, le gouvernement chinois avait dévoilé un ambitieux plan de développement de l’IA d’ici 2025. Dotation financière ? 150 milliards de yuans (un peu plus de 22 milliards de dollars) d’ici 2020 et 400 milliards de yuans (59 milliards de dollars) à l’horizon 2025.

Parmi les grands axes de ce plan, un investissement et des efforts conséquents dans la formation d’ingénieurs spécialisés dans l’IA, dans le matériel (processeurs) capables de faire tourner des intelligences artificielles de dernière génération mais aussi dans la recherche à usages aussi bien civils que militaires.

En janvier, c’était la construction, à Pékin, d’un centre dédié à l’intelligence artificielle qui faisait l’actualité. Ce centre est censé devenir la figure de proue de l’IA chinoise. Il regroupera jusqu’à 400 entreprises du secteur qui travailleront aussi bien avec des universités chinoises qu’étrangères.

Car la Chine a bien l’intention de profiter du savoir-faire et de l’expérience des chercheurs, ingénieurs et entreprises étrangères en matière d’IA. D’où l’autorisation accordée à Google d’installer dans l’empire du Milieu son centre de R&D dédié à l’IA.

Google, la Chine, l’IA…

But affiché de ce centre ? Selon le blog d’une de ses nouvelles dirigeantes, il « financera des conférences et des ateliers au sein de la communauté scientifique chinoise spécialisée dans ce domaine« . En clair, Google a l’intention de participer à l’effort chinois pour faire du pays un des leaders de l’IA.

Pour la Chine, l’intérêt est évident : profiter de l’expérience et de l’expertise de l’américain en matière d’IA. Google investit lourdement sur l’intelligence artificielle.

Vitrine de ces efforts, AlphaGo, son intelligence artificielle dédiée au jeu de go, qui a battu le meilleur joueur (humain) au monde et a surtout surpris les observateurs en inventant son propre style de jeu et ses propres coups.

Mais les efforts de Google ne s’arrêtent pas là : reconnaissance d’image, meilleure utilisation des big datas (ces milliers de données collectées sur vous, vos habitudes de consommation, votre vie quotidienne, votre santé…) afin de vous proposer des produits de plus en plus adaptés, etc.

En retour, Google espère peut-être une évolution de Pékin sur l’accès des internautes de l’empire du Milieu à ses services. Mais aussi s’assurer une part de ce qui s’annonce comme un des plus grands marchés de l’IA au monde.

L’intelligence artificielle pour soutenir la croissance économique : le pari chinois

Car si la Chine mise autant sur l’IA, ce n’est pas seulement pour la beauté technologique du geste. Peut-être plus qu’aucun autre gouvernement de la planète, Pékin est persuadé que l’intelligence artificielle est une solution au risque de ralentissement économique du pays. L’IA serait la ou une des solutions pour accroître la compétitivité du pays mise à mal par l’augmentation des salaires et la concurrence de pays à plus bas coût. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la Chine a tant misé sur la robotisation ces dernières années : pour améliorer sa compétitivité.

Autre préoccupation bien présente en Chine : l’efficacité énergétique. Le pays est un ogre énergétique. Une énergie qui dépend encore bien trop du charbon et d’autres moyens de production polluants, et ce alors que Pékin souhaite se refaire une quasi-virginité environnementale. Parmi les objectifs fixés par le gouvernement chinois : améliorer de 10% l’efficacité énergétique du secteur manufacturier d’ici 2020, et ce grâce à l’IA.

L’engouement chinois pour l’IA est aussi à comprendre dans la volonté plus vaste de prouver que le pays n’est plus l’usine du monde, ou le plus grand copieur de la planète. C’est ce que vous expliquait très bien Etienne Henri dans une précédente Quotidienne :

L’économie chinoise n’aura bientôt plus besoin des économies occidentales pour croître. Les progrès technologiques en sont l’illustration parfaite. Il y a 20 ans, les usines chinoises copiaient (mal) les produits occidentaux. Il y a 10 ans, grâce aux transferts technologiques, la qualité devenait équivalente.

Aujourd’hui, les technologies chinoises deviennent supérieures à leurs pendants occidentaux dans de nombreux domaines.

La Chine est par exemple à la pointe de la recherche sur l’informatique quantique. L’Empire du Milieu a mis cette année en orbite un satellite de télécommunication quantique capable de crypter des visio-conférences. Lors de l’annonce des premiers résultats de ce satellite, les scientifiques occidentaux doutaient (et débattaient) encore de la faisabilité théorique d’un tel objet…

Les lignes de train à grande vitesse chinoises sont bien plus performantes que notre TGV – inutile de les comparer au réseau ferré nord-américain.

Il se murmure également qu’Airbus et Boeing ont des sueurs froides en suivant les progrès de l’aéronautique locale…

De tels exemples sont légion.

Dominer l’IA, c’est l’occasion, pour la Chine, de démontrer qu’outre sa puissance économique grandissante, elle peut être moteur dans un domaine aussi technologique que l’IA.

Enfin, l’intérêt de la Chine pour l’intelligence artificielle et ses possibilités ne peut être dissocié de ses objectifs militaires et en matière de sécurité intérieure.

Car l’intelligence artificielle, ce n’est pas seulement une technologie qui vous permet d’affronter des adversaires à la hauteur au go ou aux échecs, qui permet aux médecins d’améliorer le diagnostic (par exemple du cancer) ou aux entreprises de vous proposer des services clients plus efficaces.

C’est aussi une technologie qui peut être utilisée pour surveiller, défendre et mener des attaques. L’intelligence artificielle est une arme, ce que la Chine a parfaitement compris. Et c’est ce que je vous propose de voir dans une prochaine Quotidienne.

[NDLR : L’intelligence artificielle sera une des plus grandes thématiques d’investissement en 2018. Découvrez les recommandations de notre spécialiste des nouvelles technologies dans NewTech Insider. Dans le dernier numéro, il a sélectionné un pure player des voitures autonomes, qui fournit le cerveau et système nerveux de ces véhicules intelligents. A découvrir dans NewTech Insider]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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