Amazon, Snapchat : Ne vous laissez pas piéger par la bulle 2.0

Rédigé le 14 février 2017 par | Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

Ce n’est un secret pour personne : la valorisation des sociétés high-tech atteint des sommets. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) tirent les indices américains vers le haut depuis des mois.

La « reprise », si chère au nouveau président des États-Unis, n’est portée en bourse que par la survalorisation de ces géants dont les cours sont en lévitation depuis plusieurs années.

Est-ce parce que la high-tech est le seul secteur qui fasse rêver les investisseurs ?

Est-ce à cause des tombereaux de liquidités dont les banques centrales abreuvent les marchés ?

Est-ce dû aux taux d’intérêts à zéro sur de nombreux instruments réputés sûrs, qui font croire que l’argent coûte désormais moins que rien ?

La raison est probablement un mélange de ces trois éléments. L’avenir nous dira, en fonction de leur évolution respective, lequel est le plus corrélé au cours des GAFA.

A vrai dire, le pourquoi n’est qu’anecdotique. Ni vous ni moi n’avons la possibilité de changer la politique des banques centrales ou les lubies passagères des marchés. Pour protéger nos investissements, nous n’avons d’autre choix que d’observer les valorisations et essayer de déterminer si elles sont soutenables.

Nous avons vu en janvier que Google a débuté une rationalisation de ses dépenses en interrompant certains projets non rentables.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur deux valeurs qui font la une de l’actualité boursière : Amazon et Snapchat.

Amazon fait toujours (trop) rêver

Amazon (AMZN:NASDAQ) a publié il y a quelques jours ses résultats pour le dernier trimestre 2016. Au niveau fondamental, les performances sont bonnes : la société est dans le vert avec un bénéfice annuel de 4,9 $ par action. Le chiffre d’affaires a augmenté de +27% entre 2015 et 2016.

Son business de logistique pur (Fulfillment By Amazon) est en croissance de +70%.

Vous le savez, je suis un fervent admirateur de la société qui, partie d’un business model de librairie en ligne, est devenue la référence occidentale du e-commerce sur la plupart des biens de consommation.

Aux Etats-Unis, Amazon représente à elle-seule plus des deux tiers des achats en ligne. Le graphique ci-dessous représente la ventilation des achats par plate-forme. Dire qu’Amazon en est le leader serait un euphémisme :

ecommerce Répartition des achats sur Internet par plate-forme aux Etats-Unis Source : Statista

Il n’est pas exagéré de dire qu’Amazon est un pilier de l’Internet, et que le géant de la logistique a changé les habitudes de consommation de centaines de millions de personnes. Il s’agit d’une belle société qui apporte réellement une plus-value à ses utilisateurs.

Alors, faut-il se précipiter sur l’action qui a pris + 65% sur les 12 derniers mois ? Si vous êtes un investisseur de long terme, ma réponse est clairement : non.

L’action Amazon se paye au cours actuel 165 fois ses bénéfices. Sera-t-elle en mesure de décupler son bénéfice par action au cours des prochaines années pour retrouver une valorisation comparable à celle d’Apple (qui se paye 15 fois les bénéfices) ? C’est possible, mais pas certain.

Comme toutes les sociétés, Amazon atteindra un point d’équilibre dans son activité. Acheter aujourd’hui le titre revient à estimer ce point d’équilibre à plus de 10 fois la rentabilité actuelle : un sacré pari !

Pour vous donner une référence, voici le graphique du cours d’Amazon depuis son introduction en bourse. Vous voyez la petite bosse dans les années 2000 ? Il s’agit du krach des .com qui avait détruit des milliards de dollars de richesse virtuelle sur les valeurs technologiques.

Amazon Cours d’Amazon de 1998 à aujourd’hui

A titre de comparaison, la mini-correction de 2016 a vu l’action perdre 125 $… et au sommet de la bulle des .com, Amazon cotait 106 $.

A votre avis, que se passerait-il si Amazon plafonnait et que sa valorisation retombait à des multiples proches de ceux d’Apple et Google ? La secousse serait cataclysmique. [NDLR : Des valeurs technologiques, non surévaluées, et au potentiel de croissance intact ? C’est loin d’être impossible, même dans ces marchés. Vision industrielle, spécialistes de la cybersécurité, fabricants d’indispensables micro-processeurs ou de l’ordinateur de demain et même biotech spécialisées… dans le cannabis… ils vous attendent ici…]

Snap : une IPO qui sent le déjà-vu

Du côté de Snap, le tableau est encore plus caricatural.

L’éditeur de la bien connue application de partage de photos et de vidéos Snapchat a annoncé avoir finalisé son dossier d’IPO auprès de la SEC.

La valorisation retenue est de 25 milliards de dollars – à comparer par exemple à la capitalisation de 14 milliards de Peugeot.

Le problème avec ce niveau de valorisation est que Snapchat, déjà bien installé sur son marché, n’a un chiffre d’affaires que de 0,4 milliard de dollars sur le dernier exercice… et affiche une perte de 0,515 milliard de dollars !

Vous trouvez qu’Amazon est chère ? Que Facebook ne justifie pas son prix ? Voyez plutôt la mise en perspective du ratio Valorisation/CA de Snap par rapport à d’autres grands noms d’Internet :

snap Ratio Valorisation/CA de Snap et d’autres acteurs du Web Source : Fortune.com

Pourquoi vous montrer ce ratio et non l’habituel PER ? Tout simplement parce que, les comptes de Snap étant bien installés dans le rouge, le PER ne peut même pas être calculé. Il faut donc trouver un autre indicateur pour positionner la valeur par rapport à ses concurrents – et la comparaison n’est pas flatteuse.

La direction indique également, en off, que la politique de la maison ne sera pas de distribuer des dividendes.

Si vous avez une confiance absolue dans Snapchat, vous pouvez considérer que Snap fera partie intégrante d’Internet dans 10 ans au même titre que Facebook ou Google. Dans ce cas, la valorisation pourrait sans problème dépasser les 100 milliards de dollars.

Le problème est, comme pour tout investissement, de quantifier le risque associé à cette hypothèse. La valeur d’une société qui n’arrive pas à être bénéficiaire au cours de sa vie est de 0 $. La probabilité qu’une application smartphone reste à la mode durant 10 ans est très faible.

L’histoire se répète : entre 2005 et 2011, la valorisation du réseau social MySpace a été divisée par 16, passant de 580 à 35 millions de dollars. L’application mobile Vine (équivalent de Snapchat pour les vidéos), a été rachetée une petite fortune en 2012 par Twitter avant que son abandon ne soit annoncé fin 2016.

Statistiquement, Snapchat a peu de chances de connaitre un destin différent. La question de la valorisation, comparée au demi-milliard de dollars de MySpace à son époque, est à mon sens un symptôme supplémentaire de l’euphorie qui règne autour de ces valeurs.

Le dossier est donc encore plus mauvais qu’Amazon ne l’était en 2002. Investir à cette époque était un pari, mais le titre avait au moins un potentiel de hausse conséquent.

A 25 milliard de dollars de valorisation initiale, Snapchat représente donc un grand risque pour peu de gains.

Quelles leçons en tirer ?

Sauf si vous vous adonnez au trading spéculatif, acheter des actions d’une société pas ou peu rentable a peu de sens. Si vous voulez vous positionner dans une optique d’investissement, soyez clair par rapport à votre stratégie : il s’agit d’un investissement risqué.

Avec les valorisations actuelles, on peut même parler de pari perdant-perdant : même si le futur vous donne raison, le potentiel de hausse n’est pas énorme.

Dans une prochaine Quotidienne, nous verrons comment investir dans les sociétés technologiques tout en gardant l’esprit tranquille, grâce à une grille de lecture basées sur la valeur réelle des entreprises.

En attendant, n’hésitez pas à m’écrire à cette adresse : la-redaction@publications-agora.fr

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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