Air France : Investissez low-cost avec l’Etat

Rédigé le 20 mars 2017 par | Indices & Actions Imprimer

Lors des précédentes Quotidiennes dédiées à l’Etat-actionnaire, nous avons pu voir que nombre d’investisseurs évitent, par principe, de posséder des titres aux côtés de l’Etat. Que l’on parle de fonds, de Family Offices ou d’investisseurs particuliers, tous ces intervenants qui ne se positionneront jamais sur les entreprises dont l’Etat est au capital créent une légère asymétrie dans les flux de capitaux.

Les actions concernées ont, mécaniquement, tendance à sous-performer leur secteur et à être globalement moins chères que celles des entreprises concurrentes.

Il arrive que cette tendance soit poussée à l’excès et que les actions de ces entreprises s’échangent à des niveaux ridiculement bas.

A l’heure où le CAC 40 dépasse les 5 000 points sans fondamentaux solides, la prudence est de mise. Vous pouvez choisir de couvrir votre portefeuille avec des trackers bear comme le BX4. Cela nécessite toutefois une certaine réactivité pour choisir les bons niveaux d’entrée et de sortie. Vous ne devez également pas rester en position trop longtemps pour ne pas subir l’érosion de valeur inhérente à ce type de produits.

Une autre stratégie est d’investir à bon compte dans des entreprises fiables. Les secousses boursières tirées par les variations d’indice sont alors l’occasion de se renforcer sur ces valeurs… Et, quoi qu’il advienne sur les marchés, le temps joue en votre faveur en investissant dans ces sociétés productives.

Le krach survient un an plus tard que prévu ? Tant mieux : l’entreprise a produit de la richesse durant cette période et vous en récoltez les fruits en tant qu’actionnaire.

La seule difficulté est d’arriver à trouver des titres peu chers alors que le CAC 40 a retrouvé ses niveaux de mai 2008.

Voyons aujourd’hui comment profiter en pratique de la décote offerte par l’Etat-actionnaire. J’avais évoqué le cas de Peugeot (+540% depuis 2012), qui est encore à un prix acceptable.

Les titres des sociétés énergétiques sont également soldés : Engie (FR0010208488) se paye seulement 13 fois ses bénéfices malgré une hausse de +15% depuis un mois.

La valeur sur laquelle nous allons nous concentrer aujourd’hui est encore moins chère. Détestée, malmenée, puis ignorée par les investisseurs, Air France-KLM (FR0000031122) est aujourd’hui valorisée à un prix dérisoire.

Un fleuron national bradé

Air France fait partie des icônes du pays au même titre que la tour Eiffel ou EDF. La comparaison avec l’électricien est volontaire : je ne crois pas que l’État ira jusqu’à provoquer la faillite de ces entreprises.

Mal gérer les entreprises est une constante. En tirer le maximum quitte à les mettre en difficulté est également dans les habitudes de l’Etat-actionnaire… mais le pragmatisme prend le dessus quand les situations sont trop difficiles : l’Etat n’a aucun intérêt à faire disparaître ces sociétés.

Commençons par quelques chiffres : Air France est valorisée seulement 2,2 milliards d’euros au cours actuel. C’est très peu au vu des actifs gérés par la société, même en tenant compte de la dette financière de 8,4 milliards d’euros.

A titre de comparaison, la flotte en pleine propriété (appareils possédés par le groupe) est à elle seule évaluée à 8,8 milliards.

Bien sûr, valoriser une entreprise sur la valeur de ses actifs est un jeu dangereux : l’expérience montre qu’une montagne d’actifs ne protège pas de la faillite. En cas de faillite et de liquidation, la valeur récupérée et rendue aux actionnaires n’a souvent rien à voir avec celle qui apparaissait au bilan.

Pour une entreprise comme Air France, qui opère sur un marché particulièrement compétitif, c’est pour une toute autre raison que nous nous intéressons à ces actifs. Les 23 milliards d’euros gérés par le groupe représentent une barrière à l’entrée colossale pour les entrepreneurs qui auraient l’idée de lancer une compagnie aérienne concurrente.

Nous parlons régulièrement dans ces colonnes de sociétés high-tech et de leur cycle de vie court. Si les modes vont et viennent, c’est parce que des concurrents peuvent arriver sur le même marché avec seulement quelques millions d’euros d’investissement. L’investissement nécessaire pour créer Facebook à l’époque du défunt MySpace était dérisoire par rapport au coût de création d’une compagnie aérienne. La multiplication des réseaux sociaux est la preuve que le besoin en capital n’est pas déterminant sur ces marchés.

Les choses sont bien différentes dans le secteur du transport aérien. Mobiliser des dizaines de milliards d’euros n’est pas à la portée de n’importe quelle start-up ; Air France peut donc s’appuyer sur son confortable matelas d’actifs pour faire barrage à toute future concurrence. Sa valeur liquidative (l’argent que vous pouvez éventuellement récupérer en cas de faillite de l’entreprise) ne représente qu’un filet de sécurité supplémentaire dans votre investissement.

L’entreprise peut-elle être rentable ?

La question de la rentabilité est au coeur de tout achat d’actions. Air France a, sur ce sujet, une bien piètre histoire.

Les exercices passés ont montré que la Direction avait bien des difficultés à maintenir un résultat dans le vert. Les grèves à répétition et la qualité de la flotte régulièrement remise en question n’ont jusqu’à présent pas laissé espérer une évolution favorable dans ce domaine. De ce fait, les investisseurs ont délaissé le titre durant près de 10 ans.

En remontant encore plus loin son histoire boursière, on constate même que ses actions s’échangent au même prix qu’en… 2002.

Pourquoi alors vous conseiller d’investir dans une entreprise prisonnière d’un purgatoire boursier depuis une quinzaine d’années ? Même pour protéger son capital, quel est l’intérêt de ces actions par rapport au cash ?

Tout simplement parce que le rapport bénéfice/risque d’un tel investissement est très favorable dans la période actuelle. Le titre Air France s’échange aujourd’hui 7,5 €. Lors des pires moments de son histoire boursière, les plus bas ont été atteints à 3 €. Autrement dit, l’action est aujourd’hui valorisée à seulement 2,5 fois ses plus bas historiques.

Pour donner un élément de comparaison, SOITEC, qui retrouve depuis peu les faveurs du marché français, s’échange à près de 6 fois sa plus basse valorisation. Les titres en pleine recovery sont généralement les premiers à subir les prises de bénéfices en cas de panique boursière.

L’intervalle serré dans lequel évolue le titre Air France-KLM depuis une dizaine d’années joue donc un rôle de protection à la baisse. Le potentiel de baisse est minime même en cas de grosses turbulences sur les indices.

Qu’en est-il du potentiel haussier ? Il est, nous le verrons demain, phénoménal. Le groupe entame –enfin – une mutation stratégique qui semble commencer à porter ses fruits. Si le projet d’augmentation de la rentabilité est mené à son terme, Air France-KLM pourrait devenir une gigantesque cash-machine d’ici 2020.

Rendez-vous demain pour plus d’explications !

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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