Pourquoi vous ne devez pas acheter Delta Drone

Rédigé le 21 novembre 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

A la demande d’une agence de communication, j’ai rencontré le PDG de Delta Drone, Christian Viguié, qui a notamment été responsable de la communauté financière d’Unilog, une société informatique bien connue à l’époque et qui avait été rachetée par Logica en 2005.

Delta Drone est, comme son nom l’indique, spécialisé dans la conception, la fabrication et la commercialisation de drones à usage professionnel… A priori donc, une tendance ultra intéressante et prometteuse, qui vaut la peine de s’intéresser à tous les acteurs du secteur.

Delta Drone est un acteur de petite taille avec un chiffre d’affaires d’environ 4,1 millions d’euros sur les neuf premiers mois de l’année. Mais la société est très ambitieuse et gagne des référencements chez Lafarge, Colas, Imerys et Eiffage. En quoi ces groupes ont besoin de drones ? « Nous faisons beaucoup de surveillance d’usine avec des drones à l’intérieur même des bâtiments », m’expliquait le patron.

Delta Drone se développe à l’international autour — par exemple — d’un récent accord avec Bureau Veritas en Afrique ou via des contrats avec l’Unicef au Ghana pour surveiller les forêts.

Sur l’exercice 2017, Delta Drone devrait générer un chiffre d’affaires total de 7 millions d’euros… sans toutefois être rentable : sur le premier semestre, la perte nette atteint 5,2 millions d’euros en raison notamment d’un litige prudhommal et à des pertes de change avec l’Afrique du Sud où le groupe est très présent. L’année va donc être très déficitaire… et le cours ne décolle pas : il est en rase-motte depuis des années, et ne vaut que quelques centimes.

Alors je me suis dit que, justement, il y avait peut-être « un coup à jouer » sur le dossier, en pariant sur un retour à la rentabilité pour 2018. Ou bien… avec une capitalisation de 22 millions d’euros, sans doute le groupe pourra-t-il intéresser un prédateur ?

J’ai commencé à questionner le patron dans ce sens, et notamment en posant des questions sur la structure financière de la société. Et, vous vous en doutez, c’est là que j’ai trouvé le problème : « nous avons une trésorerie disponible de 1,3 million d’euros mais nous avons signé un contrat d’Ocabsa de 25 millions… ». « Quoi ?! ». Ma réaction fut immédiate : « mais ce genre d’opération est ultra-dilutif ! »

Pour vous expliquer un peu ce qu’est une Ocabsa : c’est une Obligation Convertibles en Actions assorties de Bons de Souscription d’Actions. Ce produit conjugue les avantages d’une obligation convertible en action ET d’un BSA : le détenteur pourra non seulement choisir entre convertir son titre en action ou pas, mais il aura également un droit d’acheter de nouvelles actions à tarif préférentiel.

Cela permet à la société de lever rapidement du cash… mais cela crée une très forte dilution et une grosse volatilité du titre : les banquiers vendent en général très rapidement les actions converties, ce qui pèse sur les cours.

Il est vrai que les entreprises qui ont recours à ce type de montage sont en général dans des situations financières plutôt compliquées : Auplata, Prologue et Archos ont procédé à ce montage, qui ne nécessite pas de visa AMF…

Mais pour le coup, il ne faut surtout pas aller sur ce genre de dossier qui utilise un tel montage. Delta Drone est donc à oublier pour l’instant.

D’ailleurs, le titre s’est enfoncé de nouveau et vient de passer sous les 20 millions d’euros de capitalisation boursière…

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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