Avec la 3D XPoint, la quatrième révolution informatique est annoncée

Rédigé le 17 novembre 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous avons vu hier que le marché de l’informatique peine à se renouveler depuis une quinzaine d’années. L’architecture actuelle des micro-ordinateurs n’a pas changé depuis les années 1980 et les clients n’ont aucune raison de remplacer leur matériel tant qu’il n’est pas en panne.

Le troisième cycle de l’informatique est en phase de maturité. Les nouveautés sont rares, peu significatives, et les entreprises du secteur ont du mal à générer des bénéfices.

Dans cette Quotidienne, nous allons découvrir la prochaine révolution qui justifiera un renouvellement intégral du parc informatique.

Elle a été annoncée discrètement lors de l’UBS Global Technology Conference cette semaine, et son arrivée prochaine permet d’espérer un réveil de l’ensemble du secteur à court/moyen terme.

Les trois mues de l’informatique

L’industrie informatique est une habituée des cycles courts. Des innovations technologiques ponctuelles justifient un renouvellement rapide du parc. Lors de ces phases, les montants en jeu sont colossaux et les bénéfices des fabricants à la hauteur de la frénésie.

Rapidement, le marché est saturé et les bénéfices se transforment en pertes. Le cycle recommence lors de l’innovation suivante.

Dans les années 1960, l’arrivée des circuits intégrés a permis la première vague de diffusion de l’outil informatique. Ces premiers circuits électroniques permettaient de concevoir des appareils de calcul scientifique qui dépassaient pour la première fois les capacités de calcul de l’homme.

Organismes de recherche, universités et grandes entreprises se sont équipés en masse… puis le marché a calé, asphyxié par le coût des solutions qui interdisait une véritable démocratisation.

Lors de la phase maniaque entre 1958 et 1960, le cours de l’action Bull est passé de 130 à 1 380 francs. Le krach du 28 mai 1962 a eu raison de cette hausse. Lorsque Bull se recapitalise en 1963, ses actions sont bradées à seulement 50 francs pièce.

Une vingtaine d’années plus tard, l’informatique a connu sa deuxième vie avec l’invention du microprocesseur.

Ces puces électroniques à la fois bon marché, puissantes et polyvalentes ont ouvert la voie au micro-ordinateur. L’outil informatique était enfin accessible aux particuliers fortunés, à toutes les entreprises et à l’ensemble du milieu de la recherche scientifique (qu’elle soit civile ou militaire).

Dans les années 2000, c’est la diffusion massive des réseaux interconnectés qui a offert à l’informatique sa troisième mue. Après le krach des dot.com, l’usage d’Internet chez les particuliers a continué d’augmenter jusqu’à devenir ubiquitaire avec l’arrivée des smartphones.

Il est intéressant de noter que le krach de 2001, dont nous nous souvenons aujourd’hui comme de la fin de la bulle Internet, n’était pas uniquement dû à cette nouvelle technologie.

Parmi toutes les valeurs emportées par le krach figuraient des sociétés bien plus diversifiées comme General Electric (-70% soit 420 Md$ volatilisés) ou Enron (dépôt de bilan suite à une fraude massive).

Le krach de 2001 était la purge nécessaire des excès des années 1990, et a paradoxalement marqué le début — et non la fin — de la croissance d’Internet.

Aujourd’hui, nous arrivons à la fin du cycle de démocratisation d’Internet. Les citoyens des pays occidentaux ont déjà à leur disposition des ordinateurs connectés à la maison, au travail, et dans leur poche. Il ne reste plus beaucoup de marge de progression, du moins dans les pays développés.

Oublions le temps de cette Quotidienne la correction qui semble inévitable sur les valeurs Internet du moment, et qui marquera la fin de la véritable bulle Internet, pour nous concentrer sur la nouvelle architecture d’ordinateurs qui relancera le marché de l’informatique pour la quatrième fois.

En 2018, l’outil informatique entrera dans l’ère de l’immédiateté

Depuis les débuts de la micro-informatique, les ordinateurs sont basés sur trois composants centraux.

Le processeur effectue tous les calculs.

La mémoire vive stocke les données sur lesquelles travaille le processeur.

La mémoire morte stocke les données lorsque l’appareil est éteint.

La mémoire vive est très rapide, mais très chère (on limite donc au maximum sa capacité) et ne conserve pas ses données une fois éteinte.

La mémoire morte est plus abordable mais beaucoup, beaucoup plus lente que la mémoire vive.

Avant de pouvoir utiliser les données, il faut donc les transférer vers la mémoire vive.

Ce transfert prend une éternité à l’échelle d’un processeur. Chercher une information sur votre disque dur (mémoire morte) prend au processeur deux millions de fois plus longtemps que de la chercher dans la mémoire vive.

Autant dire que les milliards de processeurs qui équipent nos ordinateurs, serveurs de data centers et smartphones passent le plus clair de leur temps à attendre.

La révolution intermédiaire des SSD

Si vous avez la chance d’avoir installé un SSD (Solid-state drive, ou disque dur haute performance) au lieu d’un disque dur dans votre ordinateur, vous avez pu constater que l’ensemble de l’ordinateur semble plus rapide même si rien d’autre n’a changé. La raison est simple : chercher une information dans un SSD est 100x plus rapide que sur un disque dur « classique ».

Votre processeur passe par conséquent moins de temps à se tourner les pouces en attendant les données et vous donne une sensation de puissance supplémentaire.

Cette « révolution intermédiaire » des SSD, offerte grâce à un nouveau type de mémoire morte nommée « flash », nous a donné des ordinateurs plus réactifs et… les smartphones ! Sans un usage massif de la mémoire flash, ils n’auraient jamais pu atteindre la diversité de fonctions qu’ils proposent aujourd’hui.

L’informatique passe à l’ère de la 3D XPoint

Un nouveau type de mémoire a été annoncé cette semaine : la 3D XPoint (prononcer cross-point).

Il combine la rapidité de la mémoire vive et les capacités de rétention d’information de la mémoire flash.

Avec une commercialisation prévue dès 2018, il deviendra possible pour les constructeurs de proposer sous peu des appareils informatiques où toutes les données sont accessibles immédiatement. La dichotomie mémoire vive/mémoire morte disparaîtra.

3D XPoint

Une cellule de mémoire 3D XPoint – Source : Intel

Cela signifie que votre ordinateur démarrera instantanément. Les applications seront « lancées » en permanence. Le principe même d’extinction n’aura plus de sens. Toutes vos recherches seront instantanées.

Couplée à la diffusion de la 5G, l’informatique des années 2020 entrera dans l’ère de l’immédiateté. Attendre — même quelques secondes — devant un écran ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Si vous êtes technophile, vous pouvez imaginer avec gourmandise les perspectives offertes par une telle révolution.

Si vous êtes investisseur, vous serez soulagé d’apprendre qu’il existe un relai de croissance dans le secteur de l’informatique hors des GAFAM.

Comment profiter de la 3D XPoint ?

Je vous le disais, cette nouvelle mémoire devrait être lancée au second semestre 2018. La technologie étant encore à ses débuts, il est trop tôt pour savoir si ses performances seront bien conformes à celles annoncées. La question de sa robustesse est, par exemple, toujours en suspens.

Toutefois, cette mémoire étant développée par Intel (INTC:NASDAQ), il est possible de faire confiance au géant des micro-processeurs et de considérer que l’aspect technique sera maîtrisé.

Les ingénieurs d’Intel sont capables de prouesses ; il très probable que cette mémoire fonctionnera à temps si le fondeur prend aujourd’hui le risque d’annoncer sa commercialisation imminente.

Le vrai test sera au niveau de l’adoption de cette mémoire par les fabricants d’ordinateurs. Comme lors de tout changement majeur, il faudra revoir de fond en comble l’architecture de nos systèmes et nos applications pour en tirer partie.

Nous surveillerons donc avec attention l’arrivée des premiers ordinateurs dotés de mémoire 3D XPoint. Tels les premiers PC et les premiers smartphones, ils seront dans un premier temps réservés à un public averti… avant de devenir incontournables.

D’ici là, l’horizon semble se dégager pour Intel qui était dans une situation inconfortable sur son activité micro-processeurs depuis quelques temps. Le géant endormi pourrait bien redevenir une valeur de croissance dans la prochaine décennie. [NDLR : Si vous suivez les recommandations de Ray Blanco dans NewTech Insider, vous avez déjà Intel en portefeuille, non seulement pour jouer la nouvelle révolution de l’informatique mais aussi l’intelligence artificielle ou les cryptomonnaies. Explications de Ray ici…]

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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