Ne vous laissez pas berner par le mirage des gaz de schiste

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Pas un jour ne s’écoule sans que le gaz de schiste n’enthousiasme les Américains. Baisse de la facture d’électricité, baisse des émissions de CO2, création d’emplois… les shale gas ressemblent à une solution miracle contre la crise.

Pas un jour ne se passe d’ailleurs sans que les analystes du monde entier ne prennent les Etats-Unis comme exemple. Et de louer l’esprit pionnier des Américains et de leur formidable confiance dans la technologie. Rendez-vous compte le pays a réussi à diviser par quatre ou cinq le prix du gaz depuis 2007. Mieux, Washington pourrait être autosuffisant en gaz d’ici 2020.

Pourtant, le gaz de schiste est un poison. Un poison qui répand l’idée que l’énergie pourrait redevenir abordable.

Je passe sur les récentes recherches qui montrent que l’exploitation de gaz de schiste en France, et en Europe, ne ferait pas s’effondrer les prix du gaz comme aux Etats-Unis.

Ce qui m’intéresse, c’est de souligner que le gaz de schiste ne peut pas tout, car il ne peut pas se substituer à toutes les énergies. Même si le million de MBTU — l’unité du gaz sur le marché spot – était vendu au prix du kilo de courgettes en Europe, nous devrions quand même nous adapter à un monde d’énergie chère.

Gaz 1 — Charbon 0
Nous l’avons vu il y a quelques semaines, le gaz est en passe de surpasser le charbon aux Etats-Unis. La semaine dernière, l’EPA a officiellement lancé la campagne contre le charbon, avec l’annonce d’une loi pour 2014. Toutes les nouvelles centrales devront être capables de ne produire que 1 1000 livres de dioxyde de carbone par MWh. Or ce seuil ne sera pas atteint sans technologie de captation de carbone, dont l’installation aura pour effet de renchérir le coût de production. A l’inverse, les centrales au gaz atteignent déjà cet objectif, ce qui leur donne un avantage.

Mais que peut le gaz contre le pétrole, et encore plus dans le transport ? Bien entendu la flotte de voitures au gaz est en train de prendre son essor. J’ai d’ailleurs misé sur un de ces constructeurs qui développe un moteur au gaz actuellement. En ciblant les flottes captives, il devrait rapidement faire une percée aux Etats-Unis. Retrouvez plus de détails dans Matières à Profits.

Mais les voitures privées ne se convertiront pas de si tôt. Et le pétrole va continuer de faire rouler nos véhicules encore longtemps. C’est pourquoi les tensions autour des prix du pétrole vont continuer.

Gaz 0 — Pétrole 1
Ces dernières années, l’actualité du nucléaire, du solaire ou encore des biocarburants les plus imaginatifs a eu tendance à faire oublier qu’il existe peu d’alternatives au pétrole dans le transport. Comme le souligne Stephan Silvestre de l’ESG Management School, “seuls les biocarburants peuvent venir en concurrence. Mais leurs volumes de production, avec 1,5% du marché des carburants, sont encore très loin de pouvoir influencer le marché du pétrole”.

C’est pourquoi, si plusieurs signes laissent penser que le “fameux super cycle” des matières premières est en train de s’essouffler, l’analyse est tout autre sur le pétrole.

Comme le rappelle la dernière étude du cabinet de consultant Mc Kinsey, “Resource révolution : Tracking global commodity markets”, c’est une erreur de croire que les prix du pétrole ont toujours augmenté. Seul le choc pétrolier de 1973 a pu faire bondir les prix, mais les cours se sont installés sur une pente franchement descendante par la suite.

La comparaison empêche de comprendre la spécificité de la période qui s’est ouverte en 2000. D’une part, la demande des pays émergents a créé un choc auquel les pétroliers n’étaient pas préparés. Mais l’offre a de son côté également rencontré des difficultés à s’adapter. La Chine a fait bondir les cours, les difficultés de l’offre a rendu ce bond durable.

Le parapétrolier sortira gagnant
Comme le calcule le cabinet, le coût moyen de production d’un nouveau puits de forage a doublé entre 2000 et 2010. La raison est que la production des principaux champs géants qui ont approvisionné l’économie mondiale au XXe siècle décline, et qu’il faut aller chercher du pétrole de plus en plus loin, dans des gisements de plus en plus complexes.

Entre 2005 et 2009, la part des projets en eau profonde est passée de 19% à 24%. Total par exemple a lancé à partir de 2010 une campagne de prospection plus audacieuse qui l’a conduit au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest. Or le prix de la location pour une seule journée d’une plate-forme de forage offshore peut atteindre les 500 000$. Il faut également prendre en compte les coûts supplémentaires autour de la sécurité et de la protection de l’environnement.

Une chose est certaine à présent : le consommateur ne sortira pas gagnant de l’équation. Les biocarburants de deuxième et troisième génération ne sont pas encore assez performants pour véritablement concurrencer le pétrole. Le gaz se développe dans des marchés de niche, et la voiture électrique est pour l’instant très chère.

Un secteur sera à l’inverse gagnant, les compagnies parapétrolières.

Mon conseil
La banque Barclays a calculé en début d’année que les compagnies pétrolières allaient investir près de 644 millions de dollars cette année. C’est 7% de plus qu’en 2012. Or la majorité de ces investissements sera récupérée par les fournisseurs de bateaux, d’ancres ou de système de cartographie en 3D.

Il existe quantité de compagnie sur lesquelles investir. Pour vous familiariser avec le secteur, la France a l’avantage de posséder plusieurs acteurs sur ce secteur. Technip (TEC : NYSE) par exemple est un des leaders dans l’ingénierie de projets énergétiques. A l’étranger, Halliburton (HAL : NYSE) est un des trois leaders mondiaux du secteur.

Bon investissement !

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Florent Detroy

Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

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