Reprise américaine : mythe ou réalité ?

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Les prévisions de l’AIE donnent les Etats-Unis premier producteur de pétrole d’ici à 2020. Avec 11,1 millions de barils par jour en 2020 (contre 8,1 millions en 2011), les Etats-Unis auront besoin d’importer deux fois moins de pétrole. La production surpassera celle de l’Arabie saoudite.

Merveilleux, non ? Peut-être un peu trop… Cette annonce arrive au même moment que le débat sur la falaise fiscale. Etrange.

Qu’en est-il réellement ? Les premiers résultats de ces exploitations sont mitigés. Voici, glanées par un de mes collègues américains, expert en ce domaine, des informations sur les dommages collatéraux dont on parle peu :
– augmentation des impôts locaux (Pennsylvanie) en raison de l’endommagement des infrastructures locales (routes et ponts) ;
– création d’emplois éphémères et nomades ;
– foyers locaux d’inflation. Avec l’effervescence de la mise en route d’un puits, les prix montent localement et pénalisent les résidents. Une fois les exploitants partis, l’inflation subsiste ;
– problèmes environnementaux qui commencent à devenir visibles et coûteux. L’exploitation du schiste se fait dans de vieilles zones minières (charbon). Les scellements des anciens puits sont vieux. L’exploitation des résidus par fracture hydraulique entraîne des fuites et les coûts de nettoyage et de drainage s’élèvent.

Sans nier l’intérêt des gaz et pétrole de schiste, notons que le coût de production de ce pétrole serait de 80$ le baril (et même 100$ selon une note de Natixis datant d’octobre 2012). Par ailleurs, le marché du pétrole est mondial et les Américains paieront leur pétrole, même domestique, le prix du marché. Les Saoudiens – qui produisent toujours le pétrole le moins cher du monde – ont une marge de manoeuvre bien plus grande.

La réalité des faits et des chiffres démontre qu’énergies de schiste ou pas, les Etats-Unis – qui restent la première économie du monde – sont en panne.

Derrière la fumée du schiste, la cruauté des chiffres
La “reprise” américaine – pour reprendre la terminologie des médias – n’est due qu’à de l’argent public. Le graphe ci-dessous vous montre l’évolution du PIB américain (en vert), celui qui fait les gros titres. En bleu, figurent les déficits en pourcent du PIB et en rouge, le véritable PIB (obtenu en retranchant les déficits qui sont des dépenses publiques financées soit par la dette soit par la planche à billets).

Graphe PIB US

Avec 8% de déficit, les Etats-Unis ont une activité économique de 4% inférieure à ce qu’elle était en 2008.

C’est inquiétant, mais ce n’est pas tout. La récession est inévitable. Les chiffres du chômage étant trop manipulés, intéressons-nous au taux d’activité – ou taux de participation au travail. Il est inférieur à 64%, un plus-bas de 30 ans. En janvier 2009, ce taux de participation était de 65,7%. En octobre dernier, il a chuté de 2,1 points pour s’établir à 63,6%.

Donc nous avons aux Etats-Unis une reprise achetée par le déficit et sans véritable redémarrage de l’emploi. Mais ce n’est pas tout.

Où est donc passé l’argent que la Fed a abondamment imprimé ? Pour avoir la réponse, il faut nous pencher sur la vélocité monétaire. C’est un gros mot d’économiste pour indiquer si la monnaie circule dans l’économie. Voici comment cela fonctionne : vous dépensez de l’argent chez un commerçant ; ce commerçant peut utiliser votre argent pour passer une nouvelle commande ; son fournisseur peut l’utiliser pour payer un employé ; l’employé peut utiliser sa paye pour acheter à son tour à un autre commerçant.

Toutes ces activités économiques s’additionnent et forment le PIB. Petit problème, l’argent est bloqué. La vélocité monétaire est à un plus-bas de 50 ans.

Graphe de la velocité monétaire

Donc l’argent ne circule pas – tout au moins, pas dans l’économie réelle. Où est-il donc ? Majoritairement dans les réserves des banques. Cette anémie dans la vélocité monétaire explique également pourquoi il n’y a pas encore d’inflation.

La clé de l’énigme : une inflation artificielle des actions
Mais il y a une inflation quelque part. C’est Albert Edwards, un économiste de la Société Générale, qui nous donne la clé de l’énigme. Une partie de l’argent a servi aux entreprises à racheter leurs propres actions.

Graphe des dettes des entreprises

Sur ce graphe (promis, c’est le dernier), vous voyez, en pointillés noirs, les émissions de dettes (les prêts du système financier) et en rouge les rachats d’actions par les grandes entreprises.

Et vous pouvez donc constater que tout l’argent ne dort pas dans le bilan des banques. Il est prêté aux grandes entreprises solides, celles qui ont de bons bilans. Pas pour qu’elles investissent, mais pour qu’elles rachètent leurs propres actions, ce qui fait monter les indices et ce qui fait croire que l’impression monétaire rend riche !

“L’Histoire nous suggère que tout cela se termine toujours très mal. Peut-être que cette fois c’est différent, mais je crains que ce ne soit pas le cas”, Albert Edwards.

Notre stratégie
Le danger vient donc des marchés actions américains et de l’inflation latente. Eloignons-nous des actions américaines et du dollar.

Vous l’avez compris : non seulement, l’économie américaine est en panne, mais elle se dirige probablement vers une autre récession. L’activité manufacturière régionale de la Fed de Dallas est en repli, l’indice est ressorti négatif de -2,8 points pour novembre alors que les économistes anticipaient en octobre un indice positif à 1,8 point.

L’Economic Cycle Research Institute (ECRI) avait déjà prévenu le 30 septembre de “la contagion dans les indicateurs avancés” malgré l’effet déjà porteur du gaz et pétrole de schiste, les Etats-Unis s’enlisent.

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Simone Wapler

Rédactrice en Chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler
Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l'ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu'elle met au service des abonnés de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

Elle aborde les marchés avec l'oeil du professionnel, de l'ingénieur, de l'industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d'avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles -- un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l'offre et de la demande.

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