La chute de la maison… ibérique

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leadimg

Cher lecteur,

La semaine dernière, j’ai eu largement matière à réfléchir aux ravages provoqués par la bétonisation à l’extrême. La promenade des Anglais à Nice en est un parfait exemple. Jusqu’il y a quelques jours, j’en avais une vision idyllique, nourrie par la lecture d’Henry James, d’Edith Wharton ou de Fitzgerald. Dans les faits, les maisons du tournant du siècle, lieux de villégiature des riches Anglais dès le XIXe siècle, ont presque complètement disparu de la côte niçoise, remplacées par de grands ensembles des années 50, 60, 70, etc. Adieu le charme suranné de la Riviera.

Si vous continuez à longer la côte en direction de l’Italie, au milieu de côtes plus moins ou préservées, vous découvrirez aussi Monaco, hérissé d’immeubles. A quelques minutes de lieux célébrés par Cocteau, Matisse, Chagall ou Picasso, Monaco est un Manhattan en miniature, véritable démonstration de force du nombre de logements et de bureaux que l’esprit humain peut caser au m2.

Mais qu’appartements, maisons et grands ensembles ont à voir avec l’économie ? Eh bien, l’immobilier est aujourd’hui le point faible de l’Espagne… et donc de l’Europe tout entière.

L’immobilier, le talon d’Achille de l’Espagne
Car si l’Espagne vient de se faire dégrader de deux crans par l’agence de notation Standard & Poor’s, à BBB+, soit à peine trois rangs au-dessus de la catégorie “junk bonds”, c’est à cause (essentiellement) de ses banques. Et si les banques espagnoles inquiètent, c’est que la crise de l’immobilier ibérique fait des ravages.

Si vous avez déjà fait un tour sur la Costa del Sol, vous aurez pu constater que l’urbanisation de la Côte d’Azur n’a rien à voir avec celle de sa concurrente ibérique. Un exemple parmi d’autres de la folie immobilière qui s’est emparée de l’Espagne depuis plus de 60 ans.

La croissance économique espagnole a été tirée par l’immobilier et les BTP. Or ce n’est jamais très bon pour un pays d’être ainsi dépendant d’un seul secteur économique. Surtout quand explose une bulle.

Le dynamisme du secteur immobilier espagnol a été encouragé par les crédits accordés par les banques espagnoles. Contrairement à ce qui se pratique en général en France (mais de même qu’en Italie), la très grande partie des crédits accordés ces 20 dernières années sont des crédits à taux variable. Quand tout va bien, vous pouvez donc emprunter à un taux très attractif. Mais dès que la situation s’envenime – et c’est ce qui se passe depuis 2008 –, les crédits montent en flèche. Etouffant ainsi les emprunteurs sous leurs dettes.

Certains avanceront que les banques espagnoles ont été plus prudentes que leurs consoeurs américaines dans l’accord de prêt. Pour résumer, pas ou peu de prêts subprime (à haut risque) en Espagne. Ce n’est pas faux. Mais il y a un élément qu’il ne faut pas perdre de vue : le taux de chômage.

Car les prêts à taux variables ne sont que le premier rouage de l’engrenage infernal. A cela il faut ajouter un effondrement du niveau de vie des Espagnols. Peu étonnant quand on sait que le taux de chômage atteint maintenant 25% de la population active – et qu’il dépasse les 52% pour les jeunes de moins de 24 ans. C’est pire qu’aux Etats-Unis. A vrai dire c’est pire qu’un peu partout en Europe.

En parallèle, la valeur de l’immobilier a chuté dramatiquement. De nouveau un cercle vicieux : le niveau de vie baisse, les taux d’intérêts explosent, donc de plus en plus de ménages essaient de vendre leur bien pour ne pas se laisser entraîner vers le fond par l’explosion de la bulle immobilière. Le nombre de biens mis en vente explose alors que celui des acheteurs potentiels se réduit comme peau de chagrin. Qui veut acheter quand le chômage menace et que les taux explosent ?

Plus de biens à vendre, moins d’acheteurs : le prix du m2 s’effondre… aggravant ainsi la situation financière des propriétaires.

Le pourcentage de défaut de paiement des crédits (plus de 8%) flambe, entraînant dans son sillage les banques qui ont accordé ces prêts. Un mécanisme qui nous avons déjà vu à l’oeuvre aux Etats-Unis lors de la crise des subprime et depuis en Europe (en Angleterre, en Irlande, en Italie et en Espagne).

Selon les estimations de la Banque d’Espagne, 60% des actifs détenus par les banques ibériques seraient des actifs immobiliers “problématiques”. Ce qui représente tout de même 184 milliards d’euros.

L’Etat espagnol à la rescousse de ses banques
Que va-t-il se passer ? Les banques espagnoles vont devoir faire appel à l’Etat pour se sortir d’affaire. C’est d’ailleurs ce qu’elles ont déjà fait plusieurs fois par le passé – et c’est ce qui inquiète les agences de notation. Le gouvernement espagnol est déjà intervenu à trois reprises pour “nettoyer” les bilans des banques espagnoles. 50 milliards d’euros ont ainsi disparu du bilan des banques.

Le gouvernement espagnol a-t-il encore les moyens financiers ? Non. Certes la dette publique ne représente que 68% du PIB (contre 165% pour la Grèce et 86% pour la France) mais non seulement le volume des créances douteuses détenues par les banques, en particulier régionales, est largement sous-estimé mais surtout l’économie espagnole traverse sa seconde récession depuis 2008.

Or sans croissance, l’Espagne ne risque pas de pouvoir sauver seule ses banques.

Le mauvais pari de la BCE
Ironie de la situation, la dernière action d’ampleur de la BCE a ajouté de l’huile sur le feu. Oui, je parle bien des deux opérations de LTRO d’un milliard d’euros qui ont permis aux banques européennes de se financer à bon compte. Qu’ont-elles fait de cet argent ? Elles ont acheté de la dette souveraine – ce qui était le but de l’opération. Mais quelle dette souveraine ? Celle de l’Allemagne ? Que nenni : celles de l’Espagne et de l’Italie.

Les banques espagnoles ont acheté de la dette espagnole, et les banques italiennes de la dette… italienne. Alors certes, les rendements ont baissé… mais pour repartir à la hausse dès la fin du LTRO. Les rendements espagnols ont ainsi de nouveau franchi la barre des 6% et il y a fort à parier qu’ils passeront de nouveau rapidement au-dessus des 7%.

Mais surtout, les banques se sont tiré une balle dans le pied en achetant ces obligations souveraines à risque. La sanction des agences de notation ne s’est pas fait attendre puisque, dans la foulée de la dégradation de la note souveraine de l’Espagne, Standard & Poor’s a baissé la note de 9 banques ibériques. Normal, leur bilan s’est encore alourdi de créances douteuses… faisant peser des risques supplémentaires sur leur survie.

Dans l’attente…
Trois éléments à prendre en compte pour essayer d’anticiper ce qui nous attend :

1. L’Espagne va avoir besoin de l’aide de l’UE et de la BCE. Sous quelle forme ? Aucune idée. Cette aide peut prendre la forme d’achats de créances par la BCE, de prêts aux banques espagnoles (toujours par la BCE) ou encore de plan de renflouement tel que celui qui a été accordé à la Grèce.

2. Les élections. Il ne vous aura pas échappé que les élections présidentielles françaises – et la politique que choisira de suivre le futur président – font peser de quelques doutes sur l’évolution de la crise européenne.
[Elections présidentielles : il y a peu de chances pour que le nouveau Président de la République ne vous donne des conseils pour vous protéger de la faillite de la France.

Simone Wapler, par contre, si. Découvrez sa vidéo exclusive sur un phénomène qui est en train de se dérouler en ce moment même -- et qui menace votre épargne. Pour tout savoir, il suffit de cliquer ici.]

Et dans Protection & Rendements, Claire Diaz fait quant à elle le point sur les conséquences possibles des élections législatives anticipées en Grèce. A lire ici…

3. L’inaction. Jusqu’à présent, la zone euro a surtout démontré sa grande capacité à l’inaction… La crise grecque a traîné en longueur jusqu’à frôler la catastrophe (le défaut incontrôlé). Reste à savoir si les dirigeants européens sauront agir avec plus de fermeté face à la crise espagnole. N’oubliez pas que l’Espagne est la quatrième économie de la zone euro… et surtout que l’Italie n’est pas loin d’être dans une situation aussi précaire que la péninsule ibérique.

J’espère, cher lecteur, ne vous avoir pas trop déprimé. Nous allons affronter une nouvelle crise de l’euro. Accrochez-vous à votre or.

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Cécile Chevré

Rédactrice en Chef de Défis & Profits
Cécile Chevré est titulaire d'un DEA d'histoire de l'EPHE et d'un DESS d'ingénierie documentaire de l'INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Elle est également rédactrice en chef de Défis & Profits.

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