Les rentiers sonnent la retraite

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La guerre est lancée contre les retraités et ceux qui ont économisé pour investir en général. C’est un conflit à l’usure, voire une véritable guerre de la faim. Ils sont pris en tenailles entre des performances boursières quasi nulles et des prix alimentaires en forte hausse. Au milieu, les rentiers tirent la langue. Leur “pouvoir d’achat alimentaire” a été divisé par deux depuis 2006.

Pour comprendre cette guerre, il suffit d’exprimer la performance financière en quantité de nourriture qu’elle permet d’acheter.

34 dollars par an
Si vous déposez 10 000 dollars sur un compte d’épargne, le niveau actuel des taux d’intérêt ne vous rapportera que 34 dollars d’intérêt par année. Soit 8,50 dollars par trimestre : pas de quoi se payer un McDo par mois.

Vous me direz : oui, mais les retraités ont accumulé plus de 10 000 dollars sur leur compte retraite.

C’est vrai – et heureusement. Mais cela n’empêche pas qu’avec Ben Bernanke aux commandes de la Réserve fédérale, ils risquent de passer au pain sec et à l’eau de pluie.

En 2006, les retraités pouvaient encore s’enrichir…
En 2006, le retraité moyen américain détenait un capital 209 625 dollars sur son compte retraite, explique Scott Burns dans l’Austin American-Statesman, le quotidien de la ville texane ; c’était typiquement le cas pour un sexagénaire.

On remarque au passage que cette moyenne étant supérieure à la valeur médiane (qui divise en deux sous-groupes égaux la population en question), la plupart des retraités américains achèvent leur vie professionnelle avec moins d’argent.

Toujours en 2006, ces 209 625 dollars ont rapporté un revenu de 6 939 dollars sur l’année. Ce rendement de 3,31% — le plus haut depuis l’an 2000 — a été dégagé en investissant pour moitié sur les actions du S&P 500 et pour moitié en obligations à cinq ans du Trésor américain.

… alors qu’en 2010 ils ont commencé à avoir faim
En 2006 encore, un couple de plus de 50 ans dépensait 426,10 dollars par mois pour se nourrir de manière “modérée”, selon les statistiques du département de l’Agriculture. Facture annuelle : 5 113 dollars, que la performance des investissements couvrait largement – à 125%, même. Puis la situation s’est dégradée.

Fin 2010, le même retraité disposait d’un peu moins de capital, 202 329 dollars en moyenne. Merci, la crise de 2008 ! Mais, surtout, son rendement était tombé à 1,96%, avec les mêmes investissements. Le revenu annuel dégagé par ce capital a donc reculé à 3 966 dollars – contre près de 7 000 dollars quatre petites années auparavant.

Pire encore, pendant ce temps, le coût de la même nourriture a bondi, passant à 6 328 dollars (contre 5 113 en 2006). Résultat, la performance boursière ne permettait plus d’acheter que 63% de la nourriture dont a besoin un couple de retraités.

Depuis, l’effet de ciseau se poursuit
En janvier de cette année, le même régime alimentaire coûtait 568,50 dollars par mois, en augmentation de 8% par rapport à 2010. Le rendement du même portefeuille a pour sa part reculé à 1,43%.

Conclusion : pour pouvoir se payer de quoi manger, le même retraité a donc besoin de 477,063 dollars sur son compte retraite. C’est-à-dire plus de deux fois le solde moyen.

Dans ces conditions, une seule question s’impose : est-il raisonnable de compter sur les marchés boursiers pour financer sa retraite ? La réponse est oui. Mais il ne faut pas le faire comme la majorité des gens, ceux qui ont faim.

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur www.dvd-inflation.com

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Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d'Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits "'neutres au marché"). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire "Le Coin des Insiders", qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L'Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l'énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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