NICOX : le faux bon pari

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NICOX (FR0000074130-COX), LA biotech qui défraye régulièrement la chronique et les forums. Ultra-volatile, ultra-spéculative, c’est une valeur qui fait régulièrement jubiler ou cauchemarder tout investisseur. Regardez : de 25 euros début 2007, elle a atteint les 0,71 euro fin novembre : 97% de perte mais… depuis ce plus-bas, elle a repris 533% en quatre mois, revenant sur les 4,5 euros (avant de rechuter sur les 3,20 euros).

Graphique du cours de NICOX
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Si NICOX a un tel parcours boursier, c’est parce que la biotech annonce régulièrement mirages et miracles. Faisons un peu le point sur cette valeur d’un point de vue fondamental et scientifique, pour voir si la récente hausse est justifiée, tirée par une vraie bonne idée, ou bien s’il s’agit encore une fois d’un effet d’annonce qui aura déchaîné les spéculateurs. Car, au final, ce qui vous intéresse est de savoir s’il est bien raisonnable d’investir dans une valeur aussi volatile.

Pour connaître ces risques il me semble que deux impératifs sont indispensables : comprendre l’enjeu scientifique de la biotech et apprécier le potentiel des molécules dans le pipeline de recherche. Sauf que jusqu’à présent, je n’arrive pas à cerner le potentiel de NICOX… Je sais que je m’expose aux foudres d’une partie des investisseurs acharnés de cette valeur. Je vais donc vous expliquer mon point de vue, qui se fonde sur un plan purement fondamental.

Je ne jugerai donc pas la société sur ses performances boursières actuelles ou passées mais uniquement sur son potentiel de création de valeur ajoutée ; je vous laisse l’analyse technique pour profiter de la volatilité de l’action.

NICOX s’appuie sur une molécule déjà existante

NICOX se positionne sur une molécule, l’oxyde nitrique (ou NO), dont l’intérêt scientifique majeur n’est plus à démontrer. Savez-vous que cette molécule, le NO, est la cible d’un des plus gros blockbusters de l’Histoire de la pharmacie ? Mais ce qui différencie ce blockbuster de NICOX, c’est l’approche radicalement différente de l’utilisation du NO.

Bref rappel de physiologie. Le NO est une molécule découverte il y a près de 30 ans et qui s’avère être un médiateur biologique particulièrement intéressant. Il est par exemple libéré par les cellules formant la couche interne des vaisseaux sanguins. Ce NO a alors un effet vasodilatateur en relâchant les fibres musculaires des vaisseaux, ce qui augmente localement le débit sanguin. Cette action est justement utilisée dans le blockbuster dont je vous parlais à l’instant et qui s’appelle : le Viagra ! En effet le Viagra ne libère pas du NO mais inhibe l’enzyme chargée de dégrader le NO ; ainsi la concentration de NO produite augmente ce qui, en relâchant les fibres musculaires des vaisseaux péniens… Bref vous connaissez les effets du Viagra.

En réalité c’est un tout petit peu plus compliqué que cela mais ce qu’il faut retenir c’est que l’objectif de cette molécule est d’augmenter localement la concentration de NO dans un but bien précis : la vasodilatation pénienne.

Globalement, les médicaments pris par voie orale et qui ciblent le NO ne cherchent pas à donner du NO mais plutôt à permettre que le NO fabriqué de façon physiologique par notre corps ne soit pas dégradé (exemple du Viagra) ou tout simplement que le médicament soit transformé en NO après absorption de celui-ci. C’est le principe des dérivés nitrés utilisés en cardiologie.

• Mais qu’en est-il réellement de ses succès ?

Le premier obstacle dans ma compréhension de NICOX – mais je ne demande qu’à être converti – c’est le concept du groupe donneur de NO. Quid du radical NO lors de l’absorption du médicament ? Est-il possible de délivrer en continu ce radical NO pur à concentration stable et efficace sur toute la durée du traitement ? A ma connaissance, aucun médicament pris par voie orale ne délivre directement du NO. Soit la dégradation du NO est inhibée (Viagra), soit le médicament est transformé en NO (dérivés nitrés). NICOX ne communique pas sur sa capacité à maîtriser la technologie des groupes donneurs de NO, ce qui est pourtant le fondement scientifique de cette biotech…

Deuxième obstacle majeur : quel est l’objectif dans la greffe d’un groupe donneur d’oxyde nitrique sur des molécules déjà largement connues pour leur efficacité ?

Car c’est ici le modèle de développement qu’a choisi NICOX. La société ne cherche pas à créer comme avec le Viagra un nouveau médicament, mais à greffer des groupes donneurs de NO à des molécules déjà largement commercialisées – comme les AINS ou les statines – pour assurer une supériorité sur un marché très lucratif.

• Un faux nouveau médicament

Je vais donc revenir sur le cas du Naproxcinod. Il s’agit d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) qui pourrait être utilisé comme antalgique dans les poussées d’arthrose ou autres états douloureux aigus. C’était en tout cas le projet de NICOX.

L’action des AINS est déjà bien connue : une étude clinique pour prouver leur efficacité dans cette indication n’a donc aucun sens. Quel est l’intérêt de greffer un groupe donneur de NO à un AINS (si tant est que ce radical NO arrive à une dose efficace dans le sang du patient après ingestion du médicament ?). C’est que les AINS sont connus pour faire légèrement augmenter la tension artérielle chez les patients déjà hypertendus. L’objectif poursuivi était de prouver que l’utilisation du Naproxcinod permettait de contrôler la tension artérielle (rappelez-vous l’effet vasodilatateur du NO) chez cette population de patients souvent hypertendue que sont les vieilles personnes arthrosiques.

Mais perdu. Comme attendu le Naproxcinod a rempli ses objectifs en termes de soulagement de la douleur et de sécurité d’emploi comparé aux autres AINS mais il n’a pas apporté de preuve d’une quelconque supériorité. C’est pourquoi la FDA (Food and Drug Administration) et l’EMA (European Medicine Agency) n’ont pas approuvé sa mise sur le marché. Le titre s’est donc fait massacrer à l’annonce de cette mauvaise nouvelle pendant l’été 2010, comme vous avez pu le voir sur le graphique ci-dessus.

Le cours a été en effet divisé par plus de 3 pour passer de 8 euros en avril 2010 à moins de 2,5 euros en mai 2010. Récemment le titre a rebondi de près de 500% pour passer de 0,7 euro en novembre 2011 à plus de 4,5 euros dernièrement. Ce revirement de situation s’explique par le succès de l’étude de phase 2b d’une nouvelle molécule développée par NICOX dans le domaine du traitement du glaucome oculaire à angle ouvert. Cette molécule (BOL-303259-X) développée en partenariat avec Bausch and Lomb a rempli ses objectifs principaux : faire baisser la tension intra-oculaire.

Mais ce résultat était prévisible car je vous rappelle que NICOX ne fait que greffer un groupe donneur d’oxyde nitrique à une molécule qui a déjà prouvé son efficacité. En effet, NICOX a comparé le Xalatan, un analogue de la prostaglandine avec… BOL-303259-X, un analogue de la prostaglandine auquel un groupe donneur de NO a été greffé !

Il est évident que les résultats ne pouvaient être mauvais puisque le Xalatan est déjà un médicament de référence du traitement de l’hypertension intra-oculaire. Reste donc à démontrer la supériorité de BOL-303259-X par rapport aux concurrents déjà sur le marché lors d’une étude de phase 3.

Et c’est ici que se trouve l’obstacle majeur ! Rappelez-vous le Naproxcinod…

• Réservez NICOX à la spéculation

Je suis donc réservé sur cette biotech : je ne vois nulle part dans leur communication l’explication sur la technologie des groupes donneurs de NO. Je ne vois pas très bien comment il compte surclasser les médicaments leaders de leur catégorie en cardiologie, rhumatologie ou ophtalmologie en leur greffant un groupe donneur de NO, car il n’y a nulle part un objectif clairement établi pour chacun de ses “nouveaux” médicaments.

De plus, si ces médicaments ont atteint le marché et sont devenus leaders, ce n’est sûrement pas en ayant de lourds effets secondaires… Ils sont déjà rentables et sûrement difficiles à détrôner.

Mais je ne demande qu’à être convaincu du potentiel de NICOX tant il est vrai que la cible NO est largement sous exploité actuellement.

Bref cette biotech me semble très floue et plus faite pour du day trading que pour un pari biotech raisonnable…

[NDLR : Cette biotech est revenue à des cours d'achat abordable : elle a un potentiel de 300% au moins !

Elle va bientôt avoir la réponse de la FDA : profitez-en avant qu'il ne soit trop tard !]

Première parution dans Small Caps Confidentiel le 12/04/2012.

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