Combien de jours avant que la Grèce claque la porte de la zone euro ?

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L’économie mondiale ressemble de plus en plus à un immense hôpital de campagne. Des médecins, la mine grave, errent dans des couloirs encombrés de lits sur lesquels gisent malades, agonisants et même trépassés. Ici il y a la Grèce, là, le Portugal, là, l’Italie, là, la Chine, et un peu plus loin les Etats-Unis. L’équipe médicale semble surchargée et impuissante. Ils administrent par intraveineuse des liquides sans que personne n’en connaisse vraiment les effets secondaires.

Notre hôpital est à deux doigts d’être hors de contrôle. D’autant plus que, comme souvent, dans des conditions extrêmes, épidémies et contagion font rage.

Cher lecteur, prenez votre masque et votre combinaison étanche : aujourd’hui, nous allons prendre des nouvelles de la Grèce.

Le gouvernement grec a finalement accepté les nouvelles mesures de rigueur imposées par le FMI, l’Union européenne et la BCE en échange du versement des 130 milliards d’euros d’aide. Du moins sur le papier. La Grèce serait donc momentanément sauvée.

Mais, au fond, personne n’y croît.

Premièrement, car, comme l’explique Matthew Partridge dans Protection & Rendements, parce que l’accord sur la décote acceptée par les créanciers privés de la Grèce est loin d’être signé et acté : “L’Institut de la finance internationale (chargé des négociations entre la Grèce et ses créanciers privés) représente des entreprises détenant environ 65% de la dette grecque, il a besoin de l’accord de 95% d’entre elles”.

“Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) pourrait éventuellement tenter de contourner cette exigence en achetant les obligations de ces détenteurs puis en les échangeant avec le gouvernement grec contre des obligations de la nouvelle dette. Pour autant, si une minorité de porteurs bloquait ce processus en refusant de vendre, le FESF serait contraint d’augmenter le prix de rachat”.

Deuxièmement, parce que si le gouvernement grec a, sur le papier, accepté le plan de rigueur, son économie va de plus en plus mal, rendant cette position difficilement tenable. Elstat, l’équivalent grec de notre Insee, a révélé que la récession avait atteint 7% au dernier trimestre 2011, contre 5% au trimestre précédent. Une dégradation de mauvais augure.

Sur un an, la production industrielle grecque a chuté de 15,5% et, en novembre, le taux de chômage atteignait 20,9% contre 18,2% le mois précédant.

Les Grecs sont en colère et Athènes est littéralement à feu et à sang… Voici ce qu’en dit Frédéric Laurent dans Vos Finances : “Pour l’instant, les garanties que proposent la Grèce passent par de nouvelles mesures d’austérité… qui viennent assommer un peu plus la population qui se retrouve être, comme à chaque fois, le dindon de la farce. Cinq années de crise et le chômage ont déjà appauvri les classes moyennes. L’Etat n’arrive pas à lever l’impôt, certes, mais l’évasion fiscale est endémique dans le pays et les riches (très riches) menacent de quitter le pays. L’Eglise, sujet éminemment politique, n’a jamais payé d’impôt foncier et ne veut pas en payer malgré son extrême richesse patrimoniale”.

“Difficile de faire passer plus de rigueur auprès de la population. Difficile d’abaisser à nouveau les salaires de 22% et de supprimer à nouveau 150 000 postes dans la fonction publique, de réduire les pensions de retraite. Malgré les manifestations et émeutes monstres qui grondent, les syndicats de police ne veulent plus affronter leurs ‘frères’ lors de manifestations”.

Conclusion, la Troïka craint que la Grèce ne tienne pas ses engagements de rigueur une fois les milliards d’aide versés.

La tension grimpe donc en Europe et l’annulation à la dernière minute d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro (censée faire partie du processus de livraison de la dernière tranche d’aide) prévue aujourd’hui n’a rien fait pour l’apaiser. Encore un pas de plus, et la Grèce et le reste de l’Europe se jetteront des noms d’oiseaux à la figure. D’après Le Figaro, une des raisons de l’annulation tient aux discussions sur la décote que pourrait accepter la BCE. Or comme nous vous l’avions expliqué dans une précédente Quotidienne, la BCE risque gros en acceptant une telle décote.

Comme à chaque fois que les crispations l’emportent, la question de la sortie de la Grèce de la zone euro revient sur le tapis.

Ajoutons à ce déjà très sombre panorama que l’exemple grec fait des émules en Europe : l’Espagne, le Portugal et l’Irlande réclament eux aussi de pouvoir bénéficier des milliards de la Troïka ainsi que d’une décote sur une partie de leurs dettes.

Si nous pouvons encore accorder le bénéfice du doute à l’Allemagne quant à ses intentions véritables envers la Grèce, il n’y a aucune chance que les électeurs – et donc le gouvernement – allemands approuvent que de telles aides soient accordées à d’autres pays de la zone.

Que devez-vous faire ?
A moins d’un reversement de situation, la crise européenne prend un tour qui nous paraît de plus en plus inquiétant… et peu importe que les marchés actions ne paraissent pas plus bouleversés que cela – pour le moment.

Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous recommande la lecture des stress tests que Mory Dorée a fait subir aux assureurs français. Son but : déterminer l’influence non seulement d’une sortie de la Grèce de la zone euro mais aussi de 4 autres scénarios d’évolution de la crise sur les rendements de votre assurance-vie.

De nouvelles élections sont prévues en avril. Notre hypothèse : quel que soit le parti qui l’emportera, il y a de grandes chances de refuser d’appliquer les demandes de restriction budgétaire de la Troïka – tout simplement parce que la situation sera devenue intenable.

Ne tardez pas à prendre des mesures simples pour vous protéger, au fur et à mesure que le temps passe, la crise s’envenime et s’aggrave.

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Cécile Chevré

Rédactrice en Chef de Défis & Profits et Inside Agora
Cécile Chevré est titulaire d'un DEA d'histoire de l'EPHE et d'un DESS d'ingénierie documentaire de l'INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Elle est également rédactrice en chef de Défis & Profits et Inside Agora.

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