Un mythe a la vie dure : celui selon lequel la création monétaire des banques centrales ne serait pas créatrice d’inflation et de hausse des prix.
Ce mythe est utile aux membres du cartel des taux bas, entendez par là les Etats surendettés pour lesquels toute hausse des taux d’intérêt signifierait la faillite. Vous en connaissez les membres : les Etats-Unis, le Japon et l’Europe. Le cartel se doit de démontrer, chiffres à l’appui, que les prix n’augmentent pas.
C’est plutôt mal parti. “Les prix à la production suivent ceux des matières premières dans la zone euro”, titrait L’Agefi le jeudi 3 mars. Les chiffres d’Eurostat sont tombés : +1,5% sur un mois en janvier et +6,1% en rythme annuel. Le même rythme qu’en septembre 2008, ce qui est de sinistre mémoire.
En Europe : l’inflation importée par le pétrole
En cause, l’augmentation du prix de l’énergie à +12,5% pour ce premier mois de 2011. C’est le deuxième mois à deux chiffres. Si vous réfléchissez qu’entre janvier et maintenant, le baril de Brent a pris plus de 15%, vous pressentez bien que la tendance ne va pas se calmer.
Les gouvernements ont la parade. Ils communiquent sur un indice d’inflation pour esprits purs, c’est-à-dire hors énergie et alimentation.
Cependant, l’industrie manufacturière est décidée à répercuter la hausse de ses prix d’achat. “Les prix de vente des fabricants progressent ainsi à un rythme record, ou quasi record, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Autriche, en Allemagne et en Irlande”, indique L’Agefi. Les entreprises survivantes de la crise entendre exercer leur pouvoir d’imposer leurs prix. Impensable que cela n’apparaisse pas à un moment dans le “panier de la ménagère”, même si notre ménagère devient très intellectuelle.
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L’indice des prix du mois de février a atteint 2,3% dans la zone euro. La Banque centrale européenne risque donc de se retrouver très vite au pied du mur. Augmenter ses taux risque de déstabiliser toute la pyramide obligataire. Ne pas les augmenter c’est renier sa mission de lutte contre l’inflation et encourir l’ire teutonne. Jean-Claude Trichet a choisi : si la situation s’aggrave, dit-il, il les augmentera de… 0,25%. Autant utiliser une tapette à mouche pour contrer la charge d’un bison. Madame Michu (et son maudit panier) sera sacrifiée telle Iphigénie pour sauver la Grèce (et les autres pays fragiles) de la faillite immédiate.
Aux Etats-Unis, la Fed ne convainc plus personne
Traversons l’Atlantique pour aller chez celui par lesquels tous ces malheurs sont arrivés, le Grand Faux Monnayeur Ben Bernanke. Ce brave Ben jure qu’il n’est pour rien dans la hausse des matières premières est que l’inflation est sous contrôle. “C’est une blague, s’insurge notre correspondant américain Keith Fitz-Gerald. Même mon fils de 8 ans me demandait pourquoi le Lego à 22 $ pour lequel il économisait depuis quelques mois vaut maintenant 33 $“.
Le président de la Fed de New York, William Dudley a récemment déclaré que l’inflation n’était pas un sujet préoccupant, notamment la hausse des prix de l’alimentaire. Il a fait remarquer que les gens oubliaient que, même si les prix de la nourriture augmentaient, d’autres prix baissaient comme celui de l’iPad2. Son public s’est esclaffé et une madame Smith (probablement cousine de madame Michu) lui a demandé depuis combien de temps il n’avait pas fait de courses.
La plupart des commentateurs américains sérieux pensent que l’inflation – en tant que mesure de l’effort du maintien d’un niveau de vie – tourne entre 9% et 12%. La manipulation des statistiques prend une telle ampleur qu’un chercheur du Massachusetts Institute of Technology vient de développer un Google de l’inflation. Ce moteur de recherche examine les prix des épiciers en ligne et en déduit l’évolution des prix.
Nos collègues américains viennent de développer le concept d’un indice d’inflation cachée. Voici un extrait (le tableau original comporte 22 lignes).
|
|
Janvier 2009 |
Janvier 2011 |
Evolution % |
Source |
|
Prix moyen au détail du gallon d’essence |
1,83 $ |
3,104 $ |
69,6 |
1 |
|
Once d’or |
853,25 $ |
1 369,50 $ |
60,5 |
2 |
|
Maïs jaune N°2 |
3,56 $ |
6,33 $ |
78,1 |
2 |
|
Soja N°1 |
9,66 $ |
13,75 $ |
42,3 |
2 |
|
Livre de cane à sucre |
13,37 $ |
35,39 $ |
164,7 |
2 |
|
Taux de chômage (emplois non agricoles) |
7,6% |
9,4% |
23,7 |
3 |
|
Millions de personnes sans emplois |
11,616 |
14,485 |
24,7 |
3 |
|
Millions de fonctionnaires fédéraux (hors armée) |
2,779 |
2,840 |
2,2 |
3 |
|
Revenu médian réel d’un foyer |
50 112 $ |
49 777 $ |
-0,7 |
4 |
|
Millions de récipiendaires de tickets alimentaires |
31,983 |
43,201 |
35,1 |
5 |
|
Millions de récipiendaires d’allocations chômage |
7,526 |
9,194 |
22,2 |
6 |
|
Millions de chômeurs de longe durée |
2,6 |
6,4 |
146,2 |
3 |
|
Taux de pauvreté |
13,2 |
14,3 |
8,3 |
4 |
|
Millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté |
39,8 |
43,6 |
9,5 |
4 |
|
Masse monétaire M2 en milliards |
8 311 |
8 852 |
6,5 |
7 |
|
Dette fédérale en milliers de milliards |
10,627 |
14,052 |
32,2 |
8 |
1. US Energy Information Administration
2. The Wall Street Journal
3. Bureau of Labor Statistics
4. Census Bureau
5. USDA
6. US Dpt. of Labor
7. Federal Resreve
8. US Treasury Dept.
Ce tableau montre que l’accroissement de la dette publique et la politique de la planche à billets affichent un bilan néfaste. La spéculation sur les biens de première nécessité (essence, maïs, soja) a été stimulée. En contrepartie, aucune véritable activité économique n’a été engendrée comme en témoignent les chiffres de chômage, de pauvreté et de revenu médian.
C’est la démonstration éclatante que les politiques keynésiennes sont non seulement inutiles mais nuisibles.
La Fed ne peut admettre que deux passes de pure création monétaire l’ont mené à l’impasse. La seule solution sera la fuite en avant dans la monétisation de la dette. Ce qui continuera à alimenter l’inflation inavouable.
Photo : Unhindered by Talent – Flickr



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