Or contre devises fiduciaires, l’impensable peut-il arriver ?

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"Déflation : comment s’assurer que cela n’arrivera pas ici"
Il y a quelques jours dans le Telegraph, Ambrose Evans-Pritchard nous rappelait que Ben Bernanke est l’auteur du manuel "Déflation : comment s’assurer que cela n’arrivera pas ici".

Il y écrit que "le gouvernement des Etats-Unis dispose d’une technologie nommée planche à billets, qui lui permet de produire autant de dollars américains qu’il le souhaite, à un coût essentiellement nul".

L’homme a triplé la masse monétaire en un an !
Le grand argentier américain a été critiqué à maintes reprises. Toutefois, s’il y a une chose qu’on ne peut lui reprocher, c’est de ne pas donner de suite pratique à ses idées théoriques. En 2008, l’homme a triplé la masse monétaire d’un grand coup de baguette magique.

Certains observateurs ont dit "bah, il s’agit d’un événement ponctuel", et le marché de rebondir de 83% en moins de 14 mois….

Mais les indicateurs économiques fondamentaux s’affolent !
Voilà pourquoi Andrew Roberts, chef du crédit à la Royal Bank of Scotland (RBS), encourage les investisseurs à relire le texte de M. Bernanke (dont le surnommé est "Ben l’Hélicoptère") depuis qu’il a proposé de lâcher des billets de banque au-dessus des zones peuplées, ceci afin de tuer la déflation.

Selon M. Roberts, la Réserve fédérale américaine "s’apprête à ouvrir les vannes d’une monstrueuse création monétaire. Nous ne pouvons pas souligner suffisamment à quel point nous sommes persuadés d’être au bord du gouffre, tant pour ce qui concerne le système bancaire global (particulièrement en Europe) que pour l’économie mondiale. Il faut penser à l’impensable".

Prenons un peu de hauteur…
Si cette note avait été rédigée par un apprenti stagiaire de la Caisse Mutuelle de Pampigny-les-Oies, je ne vous en aurais probablement jamais parlé.

En revanche, selon le Financial Times, la RBS est la plus grosse compagnie du monde si la seule mesure est les actifs. Et donc l’analyste qui, parmi les 170 000 employés du groupe, est le plus qualifié pour nous parler de taux d’intérêt et de monnaie, puisqu’il est à la tête des opérations de crédit de la banque, nous affirme catégoriquement que nous sommes à l’extrême bord du précipice, et que Ben l’Hélico s’apprête à faire un grand pas en avant.

Mayor fait dans le grandiloquent cette semaine…
Vous qui me lisez, disposez également d’au moins 10 autres sources d’informations différentes, toutes aussi crédibles sinon davantage. Et qui vont me contredire.

Donc vous vous dites "Mayor fait dans le grandiloquent cette semaine, mais ce n’est pas pour cela que le ciel va nous tomber sur la tête".

Ne vous en faites pas, je ne le prends pas personnellement ; après tout, depuis que vous êtes né, la Terre ne s’est jamais arrêtée de tourner, alors pourquoi le ferait-elle maintenant ?

Voyez-vous, moi aussi, je suis sceptique. Mais j’ai un gros avantage sur la plupart d’entre vous :
J’ai commencé à acheter de l’or physique il y a plusieurs années déjà. Je parle d’or qui n’est pas coincé dans un coffre de banque qui deviendra inaccessible lorsque celle-ci fermera ses portes. Alors, quand je lis l’opinion de ce cher Andrew, j’en achète un peu plus que d’habitude.

Dans son article, Ambrose Evans-Pritchard cite également Albert Edwards, de la Société Générale, qui affirme que la Réserve fédérale tout comme les autres banques centrales sont, quoi qu’ils en disent, dans une "mouise fiscale malodorante" qui les forcera à imprimer de l’argent quoi qu’il arrive.

Regardez bien un billet de banque zimbabwéen
Plus précisément, un billet de cent mille milliards de dollars du Zimbabwe. A l’époque où il a été imprimé, l’inflation dans ce pays fut de 6 500 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000% par an.

A qui le tour ? L’euro ? Le dollar américain ? Le yen ? Le franc suisse ? La livre britannique ? La couronne suédoise ? Le dollar canadien ? Toutes les monnaies papier adossées à rien du tout ?

Pour Albert Edwards, "la réponse au maelström déflationniste qui se prépare sera l’impression de davantage d’argent qui fera apparaître l’utilisation passée de la planche à billets insignifiante".

Et vous voulez connaître un secret ?
Même si, en un an, un Zimbabwéen qui aurait épargné des milliards en argent papier serait devenu plus pauvre que Job, ceux qui possédaient des actifs réels n’ont pas souffert.

Pour ceux qui possédaient un kilo d’or, pensez-vous que le lingot ait rétréci ? Bien sûr que non. Il pesait un kilo avant, il pèse toujours le même poids aujourd’hui.

En termes réels, le possesseur d’or n’a rien gagné, il possède toujours un kilo; sauf qu’avec ce kilo d’or, au lieu de se payer une maison dans son pays comme à l’époque où il avait acheté l’or, il peut probablement s’en payer une bonne douzaine maintenant que l’immense majorité de ses compatriotes est ruinée…

Inutile de dire que notre pari sur les matières premières, en particulier l’or, devrait être payant à long terme.

Une dernière chose à ce sujet
Je vous demande de faire un effort d’imagination. 10 ans ont passé, vous êtes ruiné parce que vous aviez décidé de ne pas acheter cette "relique barbare" qu’est l’or physique, et nous nous rencontrons au détour d’une conférence.

Que me direz-vous ?

Que vous répondrai-je ?

Si ce scénario ne vous fait pas peur, alors n’agissez pas.

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Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d'Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits "'neutres au marché"). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire "Le Coin des Insiders", qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L'Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l'énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).