Sommes-nous entrés dans un grand marché baissier ?

| |

Ce qui s’est passé hier sur les marchés actions est historique ! Paris, Tokyo, Bombay, Shanghai, Frankfurt, Londres — toutes les bourses ont décroché violemment, pas une n’a résisté. Rien qu’à Paris, 65 milliards d’euros sont partis en fumée. Pschitt ! Je parle de votre argent…

Je ne vais pas revenir sur cette journée noire. Tout le monde en parle et traite le sujet aujourd’hui.

En revanche, je suis certaine que vous vous posez deux questions :
- la baisse du marché actions est-elle derrière nous ou devant nous ?

- l’économie rebondira-t-elle d’ici la fin de l’année, ou allons-nous nous enfoncer dans le marasme ?

Je vais vous donner mon avis — et je vous conseille de ne pas vous arrêter là. Allez glaner les avis des professionnels, confrontez-les, et faites-vous votre propre opinion. Ayez toujours l’esprit critique — c’est le seul moyen de ne pas vous faire manipuler.

Allons-y…

C’est grave docteur ? Ma réponse est clairement : oui
Nous ne sommes pas dans une crise type 2001 avec rebond rapide de l’économie dans les mois qui suivent la crise.

A l’époque, le paquet fiscal (à l’image de celui de 140 milliards de dollars annoncé par Bush vendredi) a fonctionné car les Américains ont réinjecté massivement l’argent distribué dans le système, affectant les fonds à la consommation durant les six mois qui suivirent.

La consommation US est tétanisée.
Aujourd’hui, les Américains sont surendettés : 13% de défaillance sur les prêts subprime, 10% sur les prêts de catégorie A et les défaillances sur cartes de crédit s’envolent !

Ils sont purement et simplement dans l’incapacité de consommer et encore moins de souscrire à un emprunt obligataire géant pour financer la croissance. Le paquet fiscal de Bush ne se transformera pas en consommation pour soutenir l’économie. Les ménages prendront cet argent pour rembourser leurs dettes. C’est très différent.

N’oubliez pas que l’épargne des ménages US est nulle. Peanuts ! Donc pas de marge de manœuvre. On ne peut pas compter sur la consommation US pour relancer la machine, or la consommation est à l’origine de 70% de la croissance US.

Reste les deux autres moteurs de la croissance : les exports et l’investissement. J’y viens dans un instant.

La situation est grave car il s’agit d’une crise financière : le système financier est au bord de l’implosion.
Je vais être honnête et directe avec vous : de tout temps, les crises les plus graves ont toujours été les crises financières. Or nous vivons actuellement la plus grave crise financière depuis la Seconde Guerre mondiale. 1929 était avant tout une crise financière, qui s’est ensuite transmise à l’économie.

Que s’est-il passé en 1929 ?

Les banques ont subi des revers violents en bourse. Ce qui a entraîné une hausse des coûts d’intermédiation et un credit crunch massif. C’est exactement ce qui est en train de se passer. Sauf qu’aujourd’hui, nous avons des armes monétaires, fiscales et budgétaires qui nous permettent d’atténuer les conséquences économiques. Mais pas de les éviter à mon avis.

Voici un tableau rapide de la situation financière actuelle. Un rapide portrait, en deux temps, trois mouvements :

1 – Les banques sont massivement embourbées dans le subprime… et ça va durer.
Elles affichent les unes après les autres des pertes monstrueuses : 10 milliards par-ci, 18 milliards par là. L’un d’entre vous d’ailleurs, dont le neveu est trader chez Calyon à New-York, m’a fait part des rumeurs qui circulent dans les salles de marché : Citigroup serait au bord de la faillite !

C’est une rumeur, certes. Mais elle donne une idée de l’ampleur des dégâts.

Regardez la Société Générale : 230 millions de provisions passées. Et selon certains il faudrait en passer jusqu’à 2 milliards !!

Pire : on découvre que les banques chinoises ont, elles aussi, joué avec le subprime !

En clair : le subprime représente une masse de 500 milliards de dollars à digérer — 100 milliards sont pour l’instant remontés à la surface, officiellement déclarés et provisionnés. Les 400 milliards qui restent sont dans le pipe et vont sortir dans les mois à venir. Accrochez-vous au cocotier ! L’iceberg va émerger…

2 – Les rehausseurs de crédit entrent dans la partie, aggravant la crise financière d’autant plus.
C’est qui, ceux-là ? Ils garantissent les émissions obligataires ainsi que les titres adossés aux opérations de titrisation (dont le subprime).

Retenez ceci : ils sont sept et ils garantissent 2 400 milliards d’actifs ; leurs fonds propres sont très faibles. Pourquoi leur fait-on confiance alors ? Parce qu’ils sont notés "triple A" par l’agence de notation (Fitch) !

Sur ces sept rehausseurs de crédit, deux ont déjà perdu plus de 50% de leur valeur ces derniers jours pour cause de dégradation de la note "triple A" : leurs actifs se déprécient et ils sont dans l’incapacité de se recapitaliser — les conditions de marché ne le permettant pas !

Cela veut dire quoi ? S’ils perdent leur "triple A", les titres qu’ils garantissent vont s’effondrer. C’est très grave.

Pour l’instant, on estime les pertes potentielles pour les investisseurs et emprunteurs à quelque 200 milliards — pour l’instant… Mais l’histoire de rehausseurs de crédit ne fait que commencer. Et rappelez-vous : lorsque la crise du subprime a commencé il y a quelques mois, tout le monde était très serein… les choses ont depuis beaucoup évolué !

Accrochez-vos ceintures, on n’a pas fini d’en parler.

3 – Le credit crunch a déjà commencé.
Voilà des semaines déjà que les conditions de crédit se resserrent très fortement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Les chiffres sont là, dans les faits. Les banques accordent de moins en moins de crédits.

Et le fléau attaque l’Europe : 89 banques interrogées par la BCE ont annoncé avoir réduit leurs offres de crédit aux ménages et surtout aux entreprises sur les trois derniers mois.

Moins de crédit = moins d’investissement et de consommation = moins de croissance et d’activité. C’est mathématique. Nous allons vers un ralentissement net — et les Américains sont déjà en récession.

La crise financière est en train de se transmettre à l’économie. C’est une réalité.

4 – Le coût de l’intermédiation grimpe déjà…
… ce qui ne va pas aider. Les banques ne se font pas confiance et les taux interbancaires montent. Ce coût va se répercuter sur les agents économiques et, p
ar ricochet, sur l’activité en général. Non seulement les prêts vont se faire rares, mais ils vont être de plus en plus chers !

De mémoire, il n’y a pas de crise financière qui ne se soit pas transmise à l’économie réelle. Je ne crois pas.

Je vous disais plus haut que la croissance US pouvait être tirée par la consommation, l’investissement ou l’exportation. Je viens de vous expliquer que le premier moteur est au plus mal, car surendetté, et que le second va s’enrayer pour cause de credit crunch. Or le dernier, l’export, ne suffira pas à lui seul.

L’économie américaine ne va pas rebondir « comme d’hab. » dans six mois
Non, je ne suis pas rassurée. Et je ne crois pas que l’économie américaine va rebondir « comme d’hab. » dans six mois. Parce que cette fois-ci, on est allé beaucoup trop loin dans les exagérations en tout genre, et qu’il va falloir purger et payer.

N’oubliez pas que l’industrie n°1 aux Etats-Unis est l’industrie financière. Elle est au plus mal. N’oubliez pas non plus que les Etats-Unis représentent 25% du PIB mondial. Il y aura donc un impact sur toutes les zones économiques mondiales.

Je ne vais pas rentrer dans le sujet maintenant, mais je suis de moins en moins optimiste quant à la capacité de la Chine à servir de relais de croissance à l’économie mondiale. Je reviendrai sur ce sujet.

Et la bourse ? Ce n’est pas fini…
Je suis contente de vous avoir incité à la plus grande prudence quant aux actions ces derniers mois. Et je suis rassurée de vous avoir recommandé les métaux précieux et les produits agricoles, riz, maïs, blé et soja en tête. Ils ont tous parfaitement bien résisté au choc ; comme décorrélés du chaos ! Un vrai bonheur. Ce sont eux qui vont sauver votre portefeuille.

[NDLR : Des softs aux métaux précieux en passant par les ressources énergétiques, les matières premières sont le refuge par excellence pour contrer le krach du marché actions – elles pourraient même vous permettre d'accumuler des plus-values exceptionnelles... alors n'attendez pas ! Il suffit de cliquer ici...]

Je m’attends à un rebond technique, qui pourrait faire remonter le CAC jusque vers les 5 200 points. Puis la baisse recommencera, lentement mais sûrement. Nous nous rapprocherons des 4 600… 4 300… 3 900… Plus ? Je n’en sais rien. Je ne suis pas devin.

Le grand trend haussier est terminé
La seule chose dont je suis personnellement persuadée, c’est que notre grand trend haussier est terminé. Nous sommes entrés dans un trend baissier.

Or un grand trend baissier est fait de rebonds et de baisses successifs : rebonds dont les points hauts montent de moins en moins haut, et baisses dont les points bas vont de plus en plus bas. C’est ça un trend baissier. Et pour l’instant, la configuration du CAC ressemble beaucoup à cela.

Voilà. Vous connaissez mon sentiment personnel. A vous de vous forger votre propre opinion sur la question !

Author Image for Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l'Edito Matières Premières.  

Vous trouverez ses articles sur les sites Protection & Rendements, Agora Formation et La Quotidienne de la Croissance.